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Les flambeaux de la nation

01.04.23 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

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Dans Ici Beyrouth par Fida Khalifé, le 1 avril 2023 à 11:05

Du moins peuvent-ils s’aimer. Ils ont à peine vingt ans. À les voir allongés sur l’herbe humide de rosée, une tête blonde reposant sur une épaule carrée, le monde cesse soudain d’être un cachot affreux. Autour d’eux, le printemps naissant s’impose dans toute sa splendeur. Les amandiers sont en fleurs, les champs sont jonchés de primevères et de cyclamens sous un ciel bleu glacé que fendent des vols d’hirondelles synchronisés. Il est difficile de croire que cette nature éblouissante de beauté soit nichée dans un pays rouillé, tel un bijou dans un écrin effrité. Il est difficile de croire que la nation où la mer et le ciel se confondent, où les vagues écumées épousent les flancs enneigés, abrite autant de misère et de pourriture.

Autour de ce couple aux doigts entrelacés qui irradie de jeunesse et espère un avenir à la hauteur de ses rêves, il est un pays entier dont le cœur cesse de battre. Un Liban qui s’effondre sur tous les plans et qui emporte dans son sillage toute motivation de lutter, tout espoir de se relever. Les foyers se vident de leurs jeunes, voire de familles entières en quête de nouvelles patries où elles vivraient en dignité. Les liens sociaux se disloquent. La société, jadis fêtarde, désormais en voie de paupérisation, se recroqueville sur elle-même. Chacun se réfugie dans son cocon, quoique mal éclairé, mal réchauffé, mal décoré. Qui oserait de surcroît s’aventurer dehors en des temps pareils, surtout à la tombée de la nuit, quand les rues plongées dans le noir absolu deviennent des venelles propices au crime, au viol et au vol? Qui viendrait à la rescousse des victimes dans un État qui prône l’impunité, où les décisions sont prises pour assouvir des intérêts personnels au risque de diviser un peuple déjà craquelé? Même la population qui s’est toujours vantée de sa solidarité se refoule dans une position fœtale de détresse. Elle est trop hébétée pour voler au secours des joggeuses agressées et violées, pour sauver des femmes battues et assassinées au nom de  » l’honneur familial ». Elle est trop dépressive pour se révolter contre les lois archaïques et sexistes, trop passive pour agir contre la corruption et la violation des droits, pour s’élever contre le monopole du pouvoir et l’effondrement financier et économique de toute une nation.

Que reste-t-il dans ce pays pour alimenter l’espérance ? Pour que les jeunes – comme ce couple amoureux – et les moins jeunes puissent sortir de ce dédale infernal et se promener dans les prés verdoyants, insouciants et libres, et non comme des esprits errants? Libres et libérés de leurs angoisses et de l’humiliation qui leur nouent la gorge et l’estomac chaque matin en pensant à leurs soucis quotidiens? Pas grand-chose sans doute.

Alors autant profiter du soleil qui ne manque jamais de se lever à l’heure où blanchit l’horizon. Autant apprécier l’amitié sincère et nos cercles restreints, mais authentiques, qui nous forcent à garder la foi en l’espèce humaine. Autant chérir les conversations tantôt profondes tantôt frivoles qui enrichissent notre monde intérieur et mettent du baume à nos cœurs blessés. Autant remercier les mains discrètes qui se tendent généreusement vers les foyers qui peinent à subvenir à leurs besoins, vers les gens qui n’ont plus aucun recours. Autant louer les organisations et les associations qui éclairent les boulevards obscurs, organisent les évènements sportifs et culturels, lancent les campagnes de sensibilisation contre les fléaux sociaux et sociétaux et luttent sans merci contre toutes sortes de crimes et d’exactions. Autant honorer le corps médical et hospitalier qui se sacrifie pour pallier le manque de soins et de médicaments dans un secteur qui faisait la renommée de la nation. Autant admirer les entrepreneurs et les restaurateurs qui investissent toujours dans le pays et croient à un avenir florissant pour les affaires. Autant applaudir les artistes qui ne renoncent pas aux expositions, aux concerts et aux planches, parce que leur art refuse de mourir à petit feu, parce que leur créativité ne saurait être domptée. Autant célébrer les écrivains et les poètes qui éveillent nos émotions et nous font sentir vivants sur cette terre où la mort tente de planter son drapeau noir. Autant couvrir de tendresse ces mères qui continuent de se mettre aux fourneaux et lâchent bride à leurs talents culinaires pour préserver les réunions familiales autour des tablées, même quand les moyens sont modestes, même quand la crise limite les dépenses. Autant admirer les lèvres qui continuent de sourire, les corps qui continuent de danser, les mains qui donnent sans compter et les cœurs qui répandent l’amour inconditionnel.

Ce sont les flambeaux qui éclairent la voie quand les plafonds du désespoir menacent de nous écraser. Ce sont les porteurs d’espoir qui donnent sens à notre vie quand l’édifice des valeurs, des principes et de l’humanisme risquent de s’écrouler. À leurs lumières, nos cœurs reconnaissants.

Photo: aquarelle de Sandra Kheir Sahyoun

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Hier soir, j’ai vécu une expérience immersive inou Hier soir, j’ai vécu une expérience immersive inoubliable en assistant à la représentation des “Piliers de la société”, mise en scène par @lucien_bourjeily et produite par @farah_shaer .

Cette œuvre de théâtre, écrite par le dramaturge norvégien Henrik Ibsen en 1877, a pris vie sur le campus de l’Université  américaine de Beyrouth. Axée autour des thèmes du pouvoir, de la corruption et de l’hypocrisie sociale, elle révèle des réalités intemporelles qui continuent de sévir dans nos sociétés. À maintes reprises, les spectateurs ont éclaté de rire tant certaines scènes, bien qu’issues d’un autre siècle, semblaient dresser le portrait du Liban contemporain, tant sur le plan politique que social.

Mais en dépit des épreuves tous azimuts que traverse notre pays, la culture, le talent, l’art et la créativité continuent de triompher.

Hier soir, sur le campus de l’AUB, surplombant une Méditerranée baignée par la lumière argentée d’un croissant de lune, “Les Piliers de la société” ont soufflé une véritable brise d’espoir.
Beyrouth, mon amour, sous un ciel tout en flammes, Beyrouth, mon amour, sous un ciel tout en flammes,
Des marées de “je t’aime” suffiront-elles à te sauver
Des convoitises d’aucuns, voisins ou étrangers ?
Malgré les oliviers réduits en cendres, 
Tel un cèdre obstiné,
Ta beauté continuera de briller dans le firmament de nos âmes.

#beyrouth #amour #crepuscule
Derrière cette porte rouge se trouve mon mentor. O Derrière cette porte rouge se trouve mon mentor. Ou peut-être mon ange gardien, pour employer un registre plus spirituel. Bref, nos chemins se sont croisés, à une période charnière de ma vie. Coïncidence ? Providence ? Tout dépend de la vision que l’on se forge de la vie, du monde, de la foi aussi, de ce en quoi, ou en qui, l’on croit.
Si j’évoque mon mentor, c’est parce que, derrière cette porte rouge, j’ai appris l’importance de l’expression « si seulement ». J’ai compris qu’au crépuscule de la vie, avant que la mort ne finisse par entrer, sans s’annoncer, sans même avoir besoin d’enfoncer la porte, s’imposant royalement, telle une souveraine, « si seulement » devient l’ultime regret d’une âme encore vivante. 
Aujourd’hui, cette expression ne cessait de tourner dans ma tête, comme un disque rayé. 
Si seulement cette amie faisait encore partie de ma vie, quelles aventures aurions-nous vécues ensemble ? Si seulement mon père était toujours vivant, quels conseils m’auraient-ils prodigués ? Si seulement j’avais accepté ce poste à Bruxelles, quelles expériences aurai-je traversées ? Si seulement je n’avais pas décliné l’appel téléphonique d’une personne qui m’avait blessée, aurions-nous pu enterrer la hache de guerre ?
Jamais mes interrogations n’avaient commencé par: « Si seulement je n’avais PAS… »
« Il vaut mieux avoir des remords que des regrets », dit-on. Comme c’est vrai…. Et pourtant, en parlant de destinée, la somme de ces chemins empruntés ou évités n’aurait-elle pas, en définitive, conduit au même point ? 
Mon mentor m’avait conseillé de regarder le film Le Tourbillon de la vie (2022). Ce film raconte l’histoire d’une femme dont la vie est relatée à travers différentes trajectoires possibles, en fonction des choix qu’elle aurait pu faire. Il montre comment de petites décisions peuvent transformer toute une existence, mais suggère que ce qui compte, ce sont les émotions et les liens qui persistent, imperturbables, au-delà des choix effectués, au-delà des chemins empruntés. 

#choix #réflexiondujour #tourbillondelavie
La vie est belle? D’aucuns penseraient: quelle phr La vie est belle? D’aucuns penseraient: quelle phrase cliché! Certes, dans la plupart des cas, la vie ne se déroule pas comme nous le souhaitons. Nous passons nos vies à lutter contre nos déceptions, nos désillusions, nos chagrins, tant dans nos carrières, que dans nos amours ou nos liens sociaux, voire dans la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Parce que nous avions imaginé que les choses se passeraient autrement, “à notre façon”, selon le plan que “nous” avions envisagé pour notre avenir. 

Personne ne nous a appris que le bonheur n’était point un objectif à atteindre en soi, mais plutôt une manière de penser. Le bonheur serait un art: l’art de naviguer à travers toutes ces émotions lorsque le plan B se produit alors que nous attendions encore le plan A. Car après tout, rien n’est définitif. Nous ne sommes que des êtres humains découvrant ce monde, cette existence faite de « peut-être » et non de certitude, tout en essayant de faire de notre mieux. 

Tout réside dans notre manière de répondre aux situations que la vie place sur notre chemin, dans notre perception, notre façon de gérer ce qui est présenté comme des « obstacles » ou des situations négatives. En réalité, il ne s’agit point de situations « positives » ou « négatives ». Ce ne sont que des expériences. Et dans chaque expérience, quelle qu’en soit la forme ou l’ampleur, la clé de la paix, voire du bonheur, se cache dans l’art de lui permettre de nous transformer, de nous éclairer un tant soit peu sur les autres, et sur nous-mêmes; afin d’en sortir emplis de gratitude. Reconnaissants pour ce que nous avons vécu, dans toute notre humanité, sans apposer les étiquettes de « blanc » ou « noir ». Au fond, ce sont ces expériences qui prouvent que nous sommes bel et bien vivants, et qui rendent la vie encore plus belle. 

#beauté #expérience #gemmayzeh
Chaque détail est une onde à la surface de l’eau. Chaque détail est une onde à la surface de l’eau. Chaque onde en crée d’autres qui s’élargissent pour affecter non pas une seule existence, mais des vies au pluriel. Tout est connecté. 

#onde #ripple #vie
En mai 2007, quand j’ai élu domicile dans la capit En mai 2007, quand j’ai élu domicile dans la capitale Beyrouth, j’avais le coeur lourd. Ayant grandi au nord du pays, dans un village tranquille parmi les palmiers et les maisons de pierre aux arcades traditionnelles, aux volets bleus et aux toits en brique rouge, mon enfance était quasiment épargnée des atrocités de la guerre. Je n’aimais donc pas l’idée de devoir vivre dans une ville où les conflits successifs avaient fait rage et des ravages. Je n’étais plus à l’abri du danger. Mais au fil des années, Beyrouth a fini par me séduire. Je l’ai aimé, malgré sa fragilité, malgré le risque d’y être engloutie, corps et âme. J’y suis restée, durant toutes les crises qui l’ont accablé, bien qu’une petite voix intérieure me suppliât de plier bagage. Tandis qu’une partie de la capitale est pilonnée, voici quelques petits coins qui respirent encore la vie, et qui me rappellent pourquoi et comment la ville est parvenue à m’envoûter après avoir tenté de résister à son charme. 

#amour #beyrouth #liban
La guerre bat son plein. Une guerre totale, ouvert La guerre bat son plein. Une guerre totale, ouverte, régionale. Sans limites. Elle défie tous les principes, toutes les valeurs humaines et morales qui m’ont été inculqués. Quel que soit le camp ou la partie, chacun se veut moralisateur. On tue au nom des religions. On tue au nom de la paix. Les leaders jugent, condamnent et infligent leurs sentences du haut de leur piédestal.
C’est quoi ce monde dans lequel je vis ? Aucune partie ne me représente, ni incarne les idéaux qui ont été à la base d’un ordre international pulvérisé par toutes les exactions possibles. Aucune guerre ne saurait prétendre viser la paix. C’est une aberration. La paix est synonyme d’humanité, mais elle n’a pas de place dans un monde régi par l’argent, les profits économiques et les intérêts personnels.
Trêve de justifications et de prétextes ! Toute guerre est un échec, quelle que soit sa finalité. 

#journaldeguerre #beyrouth
J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tan J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tante Alice, qui n’est plus de ce monde. Je réalise à quel point cette photo lui rend justice. Son sourire, son visage reflètent son innocence, sa candeur et son affection. Elle était le symbole même de la bonté. Elle avait la larme facile, le coeur sur la main et trouvait toujours des excuses aux autres, quels que soient leurs défauts. Ce post n’est pas seulement un hommage à cet ange qui repose désormais dans l’au-delà, mais il est surtout un hommage à tout ce qui est stigmatisé de nos jours: la transparence, la gentillesse, la générosité émotionnelle, l’expression de l’amour. 
Tout est éphémère: le pouvoir, l’argent, les apparences, la santé, tout simplement parce que nous sommes humains. Ce qui transcende notre mortalité et donne un sens à la vie, c’est précisément notre humanité dans toute sa vulnérabilité. 

#hommage #amour #humanité

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