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Beyrouth, 4h du matin: les retrouvailles

25.03.22 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

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Dans Ici Beyrouth par Fida Khalifé, le 5 mars 2022 à 10:39

Beyrouth, 4 h du matin.

Le hall de l’aéroport grouille de monde. Bouquets de fleurs à la main ou ballons à hélium pour les plus jeunes, ils attendent impatiemment l’arrivée des voyageurs. Les mains moites, le cœur battant, je fixe le couloir où débarquent en file indienne les arrivants, poussant à toute allure les caddies où s’entassent leurs bagages. Les uns affichent un grand sourire soulagé en apercevant leurs bien-aimés, d’autres scrutent de leurs yeux inquiets, ronds de surprise, les lieux mal éclairés, mal nettoyés; des nouveaux-venus sans doute.

Trois ans se sont écoulés depuis la dernière fois que nous nous sommes vues. Depuis, les événements imprévisibles se sont succédé sans répit, nous entraînant sur des montagnes russes interminables. Enfin, je repère ma petite sœur avec mes deux neveux. La gorge serrée, je les serre fort dans mes bras. Je découvre pour la première fois son petit de 18 mois, né à Lisbonne, quand les frontières entre le Liban et l’Europe étaient closes en raison de la pandémie, quand les humiliations financières, politiques et économiques avaient commencé à pleuvoir sur Beyrouth.

Les yeux embués de larmes, je savoure le bonheur des retrouvailles tant attendues. Les retrouvailles… un mot si fréquent dans le vocabulaire des familles libanaises séparées par le destin, décomposées à contre gré, éparpillées au-delà des frontières de l’émigration.

Nous vivons dans un pays où notre sort est scellé d’avance. Nous grandissons au sein d’un même foyer, marqués au fer rouge par les mêmes traumatismes: les bombes et les explosions, les conflits inter et intra-partis, les assassinats politiques et les crises économiques. Nous grandissons aussi ensemble, bercés par la musique douce de Feyrouz et les vagues d’été qui s’écrasent sur le sable doré et les galets immaculés de nos plages méditerranéennes. Nous grandissons tantôt dans l’horreur des abris ou la joie engendrée par la fermeture des écoles, tantôt dans les files interminables devant les boulangeries ou l’opulence des festins et des soirées mondaines. Nous grandissons dans un milieu infesté par la corruption, les pots-de-vin et le népotisme, mais aussi au sein de familles portées par la culture, l’art et l’ouverture. Nous grandissons la tête pleine de rêves d’avenir, les yeux brillants d’anticipation et d’espoir, mais les chevilles liées, cimentées dans une terre qui, tel un python, avale le potentiel des générations et les désirs d’affranchissement d’une nation.

Nous sommes les enfants d’une patrie contradictoire, qui lègue aux générations successives sa mémoire collective d’ambivalences. Et nous grandissons au fil d’une histoire nationale tourmentée, pour devenir des adultes déterminés à devenir des vecteurs de changement et des graines d’espoir, par-delà les peurs instinctives de nos traumatismes, par-delà les contraintes socio-économiques et géopolitiques de notre conjoncture.

Nous savons pourtant d’avance qu’un jour viendra où nous serons séparés de nos proches et amis, que nous deviendrons des familles déchirées, dispersées aux quatre coins du monde. Nous le savons depuis notre plus jeune âge, que ce soit par réflexe d’adaptation ou par sens de réalisme, tellement les exemples ont défilé devant nos yeux innocents. Et nous oublions parfois dans notre quotidien frénétique que nous nous sommes promis alors, à nous-mêmes, aux enfants que nous étions, ou les uns aux autres, que nous grandirions pour opérer le changement tant espéré, pour faire une différence et réussir là où tous les autres, parents et ancêtres, ont échoué. Nous oublions exprès ou inconsciemment, par défaitisme ou complaisance, que nous avons un rôle à remplir, un devoir à accomplir envers nos ambitions de toujours, qu’elles soient réalistes ou chimériques, envers nous-mêmes, envers nos parents et nos enfants, envers notre patrie: le devoir de mettre fin à cette malédiction, à nos sorts condamnés à la souffrance de la séparation et de l’exil, à ce quotidien intolérable d’humiliation et de détérioration.

Il est grand temps de rallumer les étoiles qui dansaient dans nos rêves d’antan. Il est grand temps d’avoir un sursaut de dignité pour enterrer nos identités meurtrières d’antan. Que nous soyons Libanais résidents ou membres de la diaspora, l’heure a sonné de nous défaire de nos allégeances aveugles et étroites et concrétiser, dans les urnes comme dans l’action, le véritable désir de renouveau. Trêve d’atermoiement et de discours éplorés! Trêve d’abdication et de paresse résignée! Les accusations verbales et les lamentations sur les murs sociaux ne feront pas une nation! Une nation digne de ce nom: celle qui n’abandonne pas sa progéniture aux griffes de la misère, de la corruption, de l’émigration. Une nation qui ne jette pas ses seniors retraités dans la gueule de la pauvreté et du manque de soins de santé; qui ne condamne pas ses jeunes cerveaux à la fuite et à l’exil. Une nation qui retient ses plus précieux trésors, ses belles plumes, ses pinceaux créatifs, ses chirurgiens talentueux, ses inventeurs de génie. Une patrie qui cesse de transformer ses générations les plus prometteuses en des masses désorientées, qui cesse d’être cette patrie déchue d’Amin Maalouf: « Le pays dont l’absence m’attriste et m’obsède, ce n’est pas celui que j’ai connu dans ma jeunesse, c’est celui dont j’ai rêvé, et qui n’a jamais pu voir le jour. »

Photo: toile de Yazan Halwani, Secondary Income series, 2020, acrylique et huile sur toile, 150 x 150 cm. Courtoisie de l’artiste.

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J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tan J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tante Alice, qui n’est plus de ce monde. Je réalise à quel point cette photo lui rend justice. Son sourire, son visage reflètent son innocence, sa candeur et son affection. Elle était le symbole même de la bonté. Elle avait la larme facile, le coeur sur la main et trouvait toujours des excuses aux autres, quels que soient leurs défauts. Ce post n’est pas seulement un hommage à cet ange qui repose désormais dans l’au-delà, mais il est surtout un hommage à tout ce qui est stigmatisé de nos jours: la transparence, la gentillesse, la générosité émotionnelle, l’expression de l’amour. 
Tout est éphémère: le pouvoir, l’argent, les apparences, la santé, tout simplement parce que nous sommes humains. Ce qui transcende notre mortalité et donne un sens à la vie, c’est précisément notre humanité dans toute sa vulnérabilité. 

#hommage #amour #humanité
“Quel est le parasite le plus résistant : une bact “Quel est le parasite le plus résistant : une bactérie, un virus, un ver intestinal ? … Une idée.”
Citation tirée du film Inception. Ce film m’avait profondément marquée, bouleversant ma perception du monde réel et imaginaire, des rêves et de la manière dont notre cerveau (conscient, inconscient et subconscient) fonctionne face aux émotions, aux souvenirs, à la réalité…

Photos prises à l’intérieur de l’immeuble Union, à Sanayeh, Beyrouth, dans le cadre de l’exposition We Design Beirut @wedesignbeirut 
Scénario d’éclairage par @smartervolts
J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. Nous étions J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. 

Nous étions toutes deux adossées au mur du service d’oncologie, les épaules affaissées, l’esprit ailleurs. Nos regards fatigués se sont croisés, esquivés, puis retrouvés. Des regards furtifs, chacune craignant que les terreurs enfouies dans ses pupilles ne soient dévoilées.

Je lui ai adressé un sourire timide.

– « Un cappuccino ? » a-t-elle proposé. « Je vais à la cafet. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Un quart d’heure plus tard, elle longeait le couloir interminable, aux couleurs sarcastiques du printemps, deux cappuccinos nichés dans une petite boîte en carton.

Mira avait de longs cheveux châtains ondulés, des yeux noisette emplis de tristesse et un sourire franc. Ingénieure installée à Paris, elle était rentrée au Liban pour être auprès de son père malade. Son mari et son fils d’à peine un an étaient restés en France. Depuis un mois, sa mère, ses deux sœurs et elle se relayaient au chevet de son père.

Une semaine durant, Mira et moi avons partagé une pause-café quotidienne dans ce couloir jaune et vert, dans cette antichambre glaciale de la mort qui guettait nos pères. Nos conversations mêlaient souvenirs d’enfance, traitements antidouleur, soins palliatifs, éloges de nos deux héros à peine conscients, peurs refoulées, sentiments de culpabilité et d’impuissance. (…)

La suite du texte sur mon blog (lien en bio).

Photo: toile d’Huguette Caland, Soleil Rouge (Red Sun), 1964, huile sur toile de lin, 129.5 x 195.6 cm.
Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, av Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, avoir été, ne serait-ce qu’un instant, un rayon de soleil dans la vie d’autrui me suffirait.
Septembre cette année, je le vis pour la première Septembre cette année, je le vis pour la première fois. Parce que cette première fois est sans toi. J’ai arrêté d’écrire en avril 2024, quatre mois après ton diagnostic. Mes doigts refusaient de transcrire les émois de mon cœur: par peur de trahir le calme feint que je m’efforçais de garder en ta présence, pour ne pas fragiliser ton état; par pudeur, mes sentiments relevant de mon jardin intime. Même après ton départ vers un monde inconnu, du moins aux yeux de ma conscience limitée, simple être humain que je suis, tout me retenait de reprendre ma plume. C’est dans un effort délibéré que j’écris ces lignes aujourd’hui. Pour briser l’étau de silence qui se resserre autour de moi avant qu’il ne devienne irréversible. 
Je partage avec toi, avec vous, ces photos de fin d’été qui me rappellent ton envol. Elles incarnent le crépuscule d’un jour, ponctué d’instants d’une vie. Mais voir tant de splendeur et de chaleur dans une scène d’adieux, ou plutôt d’au-revoir, a quelque chose de déchirant. Alors je me contente d’écouter le bruit des vagues qui se brisent sur ces plages de sable et de galet qui font de mon Liban une beauté. La musique de leur déhanchement en pleine mer puis de leur écrasement contre le rivage m’apaise, tel un baume sur mon cœur meurtri. Je ferme les yeux et je t’imagine près de moi, sortant une anecdote insolite suivie d’une parole tendre. Et je souris.
“Un seul être vous manque et tout est dépeuplé” “Un seul être vous manque et tout est dépeuplé”
“Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik “Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik au théâtre du @thpalaisroyal . Couronnée de cinq Molières, elle relate la création du célèbre “Cyrano de Bergerac”. Quel bonheur de la regarder en compagnie de ma fille Yara!❤️
“Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe “Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe plus .”
Du roman en vers de Pouchkine, Eugène Onéguine, œuvre phare de la littérature russe du XIXe siècle, John Cranko a créé un ballet époustouflant, une merveille au Palais Garnier @balletoperadeparis où le talentueux @mathieuganioofficiel a fait ses adieux à la scène, sur scène. 

#ballet #oneguine #mathieuganio

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