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Deux vies

15.01.22 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

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Dans Ici Beyrouth par Fida Khalifé, le 15 janvier 2022 à 17:12

Paris, le 11 janvier 2022.
18 heures. La nuit n’est pas encore tombée. Un froid glacial pèse sur la ville. La pluie se cogne sur le sol gris.

Une femme rentre à son appartement après une longue journée au bureau. Elle a hâte de retrouver la chaleur de son divan, de se verser un bordeaux et un bain chaud. Son chat l’attend impatiemment derrière la porte d’entrée.

Le soir est lourd de silence. Elle ouvre grand la fenêtre qui donne sur la rue du Bac. Une rafale de vent et de pluie s’engouffre dans la pièce comme une gifle. La ruelle est presque déserte en cet hiver au temps de la Covid. Ici, les voisins ne se disputent pas. Ou le font en murmurant. Ici, la lumière des réverbères éclaire les passants, qui ne se regardent pas.

Ici, elle est loin.

Là-bas, elle l’a quitté un matin engorgé de soleil, sous un ciel hivernal bleu qui fait la fierté de sa ville, un ciel intemporel qui fait fi des saisons. Son cœur se serre. Elle l’aime encore. Son parfum hante ses pores comme une soif qui dessèche le palais. Comme une faim qui terrasse le corps. Elle ferme les yeux et les souvenirs la submergent. Elle se rappelle sa chaleur, son courage, sa résilience, malgré tout ce qu’il a enduré au cours de son existence. La générosité de son cœur qui n’a pas peur d’aimer et d’être aimé. Pourtant, leur relation était si tumultueuse qu’elle est partie tant de fois pour y retourner à chaque fois. Elle a cru en lui, en eux, tant de fois pour être déçue à chaque fois. Jusqu’au jour où elle a perdu tout espoir…

Aucune frontière n’est facile à traverser. Tous les fils barbelés écorchent. Il faut toujours abandonner une partie de soi derrière. Une partie de son passé, de son enfance, de ses amours. Il faut s’arracher le cœur et la peau pour avoir le courage de partir.

À l’intérieur, elle est en miettes. Mais personne n’est ici pour le deviner.

Elle n’a qu’une envie: le retrouver.

La solitude a le goût salé des larmes dans la pénombre qui enveloppe la Ville-Lumière.

…

Beyrouth, le 11 janvier 2022.
18 heures. L’obscurité totale ensevelit les rues d’Achrafieh. Une femme cherche les clés de son appartement à la lueur de son téléphone portable.

Essoufflée après avoir monté cinq étages à pied, elle rentre chez elle pour retrouver un intérieur glacial et humide.

Elle s’approche de la fenêtre. L’ombre des silos en ruine du port se profile au loin. La musique assourdissante qui monte de la rue Gouraud se mêle aux cris des voisins qui font la fête. Une migraine enserre ses tempes. Elle rêve de silence.

Elle rêve de partir, de quitter une relation qui bat de l’aile. Elle l’a aimé si fort, s’est habituée au confort de sa présence. Mais l’horizon est étroit ici. Il l’est devenu encore plus le jour où elle l’a vu baisser les bras d’un geste fataliste. Elle lui en veut de ce défaitisme, de son refus de combattre. De cet abandon qui brise ses rêves en mille morceaux. Elle se sent prisonnière de cette passion toxique dont elle ne peut se défaire, otage de ce va-et-vient incessant entre désir et rejet, entre orage et accalmie.

Combien de fois s’est-elle battue pour lui, pour eux? Si souvent qu’elle n’ose plus risquer son cœur. Elle se tait. Plus la peine de s’exprimer. Par résignation. Par désespoir. Ou par crainte de dire n’importe quoi, juste pour remplir ce grand vide qui l’habite, ces silences vains qui ponctuent désormais leur dialogue de sourds.

Elle contemple longuement les points lumineux qui dansent comme des lucioles au large de la Méditerranée. Ces navires quitteront dès l’aube le port de Beyrouth. Elle voudrait se cacher dans leurs soutes pour prendre le large.
Elle n’a qu’une envie: partir là où elle se sentira respectée, et n’aura plus jamais à baisser la tête, ni les yeux.

….

À Paris, l’exil emporte un peu de soi. Beaucoup de soi. Comme ces deuils qui vous tuent à chaque fois.

À Beyrouth, la révolte est intérieure, inaudible. Mais elle existe, tels une virevolte, un sursaut. Elle est faite de douleur et de déception. Elle rêve d’un ailleurs où l’amour serait meilleur.

Deux destins. Deux histoires. Deux vies.

Deux femmes dont les lèvres tremblent en murmurant le nom d’un même amour: le Liban.

Photo: toile de Annie Kurkdjian, Untitled, 2021, acrylic on canvas, 100 x 60 cm. Courtoisie de l’artiste.

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J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tan J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tante Alice, qui n’est plus de ce monde. Je réalise à quel point cette photo lui rend justice. Son sourire, son visage reflètent son innocence, sa candeur et son affection. Elle était le symbole même de la bonté. Elle avait la larme facile, le coeur sur la main et trouvait toujours des excuses aux autres, quels que soient leurs défauts. Ce post n’est pas seulement un hommage à cet ange qui repose désormais dans l’au-delà, mais il est surtout un hommage à tout ce qui est stigmatisé de nos jours: la transparence, la gentillesse, la générosité émotionnelle, l’expression de l’amour. 
Tout est éphémère: le pouvoir, l’argent, les apparences, la santé, tout simplement parce que nous sommes humains. Ce qui transcende notre mortalité et donne un sens à la vie, c’est précisément notre humanité dans toute sa vulnérabilité. 

#hommage #amour #humanité
“Quel est le parasite le plus résistant : une bact “Quel est le parasite le plus résistant : une bactérie, un virus, un ver intestinal ? … Une idée.”
Citation tirée du film Inception. Ce film m’avait profondément marquée, bouleversant ma perception du monde réel et imaginaire, des rêves et de la manière dont notre cerveau (conscient, inconscient et subconscient) fonctionne face aux émotions, aux souvenirs, à la réalité…

Photos prises à l’intérieur de l’immeuble Union, à Sanayeh, Beyrouth, dans le cadre de l’exposition We Design Beirut @wedesignbeirut 
Scénario d’éclairage par @smartervolts
J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. Nous étions J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. 

Nous étions toutes deux adossées au mur du service d’oncologie, les épaules affaissées, l’esprit ailleurs. Nos regards fatigués se sont croisés, esquivés, puis retrouvés. Des regards furtifs, chacune craignant que les terreurs enfouies dans ses pupilles ne soient dévoilées.

Je lui ai adressé un sourire timide.

– « Un cappuccino ? » a-t-elle proposé. « Je vais à la cafet. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Un quart d’heure plus tard, elle longeait le couloir interminable, aux couleurs sarcastiques du printemps, deux cappuccinos nichés dans une petite boîte en carton.

Mira avait de longs cheveux châtains ondulés, des yeux noisette emplis de tristesse et un sourire franc. Ingénieure installée à Paris, elle était rentrée au Liban pour être auprès de son père malade. Son mari et son fils d’à peine un an étaient restés en France. Depuis un mois, sa mère, ses deux sœurs et elle se relayaient au chevet de son père.

Une semaine durant, Mira et moi avons partagé une pause-café quotidienne dans ce couloir jaune et vert, dans cette antichambre glaciale de la mort qui guettait nos pères. Nos conversations mêlaient souvenirs d’enfance, traitements antidouleur, soins palliatifs, éloges de nos deux héros à peine conscients, peurs refoulées, sentiments de culpabilité et d’impuissance. (…)

La suite du texte sur mon blog (lien en bio).

Photo: toile d’Huguette Caland, Soleil Rouge (Red Sun), 1964, huile sur toile de lin, 129.5 x 195.6 cm.
Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, av Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, avoir été, ne serait-ce qu’un instant, un rayon de soleil dans la vie d’autrui me suffirait.
Septembre cette année, je le vis pour la première Septembre cette année, je le vis pour la première fois. Parce que cette première fois est sans toi. J’ai arrêté d’écrire en avril 2024, quatre mois après ton diagnostic. Mes doigts refusaient de transcrire les émois de mon cœur: par peur de trahir le calme feint que je m’efforçais de garder en ta présence, pour ne pas fragiliser ton état; par pudeur, mes sentiments relevant de mon jardin intime. Même après ton départ vers un monde inconnu, du moins aux yeux de ma conscience limitée, simple être humain que je suis, tout me retenait de reprendre ma plume. C’est dans un effort délibéré que j’écris ces lignes aujourd’hui. Pour briser l’étau de silence qui se resserre autour de moi avant qu’il ne devienne irréversible. 
Je partage avec toi, avec vous, ces photos de fin d’été qui me rappellent ton envol. Elles incarnent le crépuscule d’un jour, ponctué d’instants d’une vie. Mais voir tant de splendeur et de chaleur dans une scène d’adieux, ou plutôt d’au-revoir, a quelque chose de déchirant. Alors je me contente d’écouter le bruit des vagues qui se brisent sur ces plages de sable et de galet qui font de mon Liban une beauté. La musique de leur déhanchement en pleine mer puis de leur écrasement contre le rivage m’apaise, tel un baume sur mon cœur meurtri. Je ferme les yeux et je t’imagine près de moi, sortant une anecdote insolite suivie d’une parole tendre. Et je souris.
“Un seul être vous manque et tout est dépeuplé” “Un seul être vous manque et tout est dépeuplé”
“Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik “Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik au théâtre du @thpalaisroyal . Couronnée de cinq Molières, elle relate la création du célèbre “Cyrano de Bergerac”. Quel bonheur de la regarder en compagnie de ma fille Yara!❤️
“Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe “Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe plus .”
Du roman en vers de Pouchkine, Eugène Onéguine, œuvre phare de la littérature russe du XIXe siècle, John Cranko a créé un ballet époustouflant, une merveille au Palais Garnier @balletoperadeparis où le talentueux @mathieuganioofficiel a fait ses adieux à la scène, sur scène. 

#ballet #oneguine #mathieuganio

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