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Parfois il y a trop à vivre pour écrire…

28.02.24 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

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Dans Ici Beyrouth par Fida Khalifé, le 28 février 2024 à 18:43

Parfois il y a trop à vivre pour écrire…

L’année entamée, les deux premiers mois se sont vite écoulés. Entre le soleil tiède de l’hiver et ses intempéries, j’ai été projetée dans un long tunnel obscur. Je peinais à en voir le bout. J’avais hâte d’en sortir, les bras ouverts, les joues roses de lumière. Je voulais respirer à pleins poumons l’air frais de la mer. Ma mer à moi, cette belle Méditerranée de mon enfance, de mon adolescence, où je me dirigeais chaque matin durant les longues vacances d’été. Je me rappelle encore nos randonnées à vélo dans notre village natal. Nous formions un groupe d’ados, entre amis et voisins. Nous nous retrouvions les matins où le ciel était d’un bleu frappant, où les vagues reflétaient les rayons scintillants du soleil brûlant. Chacun trônant sur sa bicyclette, assis ou debout, les mains accrochées au guidon, nous prenions le chemin allant de la colline du village jusqu’au littoral. La plage de galets blancs nous attendait. Nous y passions des journées entières, ramant vers l’horizon, ou lézardant sur nos grandes serviettes usées. L’écume venait caresser nos orteils, dans la peau desquels s’incrustaient parfois les épines des oursins violets. Nous restions jusqu’au coucher du soleil pour jouer aux cartes, assis à même les galets, ou à la palette entre fous rires et disputes criardes. Juste avant que la ligne de l’horizon ne soit happée par l’obscurité, nous prenions le chemin du retour à contrecœur, d’autant plus que nous arrivions au sommet de la colline en sueur, haletants, des crampes plein les mollets à force de pédaler sur les montées rudes et les tournants abrupts.

Cette insouciance me manque. Celle de mes seize ans. Quand la vie était faite de fous rires, de sourires timides et de premiers baisers. C’était juste avant que la réalité ne montre son vrai visage. C’étaient les premiers étés d’après-guerre, quand nous sortions en boîte pour extérioriser les angoisses des nuits passées sous les bombes. C’était la saison des anniversaires en grande pompe, dans les jardins transformés en pistes de lambada, où nos mini-jupes à volants dévoilaient nos jambes hâlées. C’était le temps où mes amies me poussaient à traverser les ponts ferroviaires suspendus, sans bords, à des dizaines de mètres du sol, pour surmonter mon vertige des hauteurs. Il y avait, dans notre région, un pont-rail abandonné, construit jadis pour supporter une ligne de chemin de fer. Tel un funambule, je faisais les premiers pas, le cœur battant à tout rompre, prenant mon courage à deux mains. J’arrivais à mi-chemin et je commettais la grosse erreur de regarder en bas le vertigineux vide. La sueur formait alors un fil glacial qui me parcourait l’échine. Mon cerveau était en transe. Il ordonnait à mes jambes de rebrousser chemin et mon subconscient me traitait tantôt d’adolescente écervelée, tantôt de poule mouillée. Mes copines qui étaient déjà à l’autre bout du pont de fer éclataient de rire devant mon abdication. À seize ans, j’avais horreur de l’inconnu. Du vide. De l’abandon. Je n’arrivais pas à m’abandonner à l’incertitude, je voulais garder le contrôle de mon corps, de ma destination. De ma destinée.

Revenons à mon tunnel d’aujourd’hui. J’y apprends à surmonter ce que je redoutais à seize ans. Au fond de ce tunnel obscur, j’ose avancer sans savoir quand et où je pourrais m’en sortir. La vie me bascule, me bouscule dans ses longs couloirs blancs et la peur de perdre des êtres chers, de ne pouvoir jouer le rôle du sauveur, de ne pouvoir contrôler la direction de mon propre navire et de chavirer en pleine mer, me glace les veines. Elle m’empêche de dormir. Elle m’empêche de courir. De danser. De me diriger à vélo vers la liberté du rivage, vers le grand bleu de l’insouciance. Mais j’apprends, pas à pas, à faire confiance à l’inconnu, à lui remettre les clés de ma destinée. J’ai eu une expérience spirituelle fin novembre dernier et je me suis promis de me soumettre à la Providence sans lutter, sans douter. D’écouter le silence pour sonder le mystère de cette existence incompréhensible. De faire taire mes pensées, mes analyses, mes prédictions. D’ouvrir les bras, le cœur et l’esprit pour embrasser le grand vide, l’incertitude de l’avenir. Advienne que pourra. De vivre la vie sans remettre en question ses hauts et ses bas. D’adopter le motto du « peut-être », celui de l’histoire du  »vieux paysan, de son fils et de leur cheval ». C’est un petit conte philosophique sur l’art de prendre du recul face aux événements, de relativiser et de garder confiance. À ceux qui lui disaient que la malchance l’avait frappé quand un malheureux événement se passait, comme à ceux qui l’enviaient quand la chance lui souriait, le vieux paysan chinois leur sortait toujours, impassible, la même phrase: « Peut-être que oui, peut-être que non. »

Nous ne voyons qu’un tout petit bout de notre réalité. Qui sait à quoi peuvent servir les expériences que nous vivons, qu’elles aient une allure positive ou négative. Qui sait quand j’arriverai au bout du tunnel, ou de l’autre côté du pont suspendu et que je me sentirai enfin à l’aise devant l’immensité de cet univers, le regard tourné vers le soleil, les cheveux dansants dans le vent de la mer. Il y a trop à vivre avant de partir. Peut-être que oui, peut-être que non.

Photo: toile de Joseph Abou Khalil, Berbara, Liban, aquarelle, 29,7 x 42 cm

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J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tan J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tante Alice, qui n’est plus de ce monde. Je réalise à quel point cette photo lui rend justice. Son sourire, son visage reflètent son innocence, sa candeur et son affection. Elle était le symbole même de la bonté. Elle avait la larme facile, le coeur sur la main et trouvait toujours des excuses aux autres, quels que soient leurs défauts. Ce post n’est pas seulement un hommage à cet ange qui repose désormais dans l’au-delà, mais il est surtout un hommage à tout ce qui est stigmatisé de nos jours: la transparence, la gentillesse, la générosité émotionnelle, l’expression de l’amour. 
Tout est éphémère: le pouvoir, l’argent, les apparences, la santé, tout simplement parce que nous sommes humains. Ce qui transcende notre mortalité et donne un sens à la vie, c’est précisément notre humanité dans toute sa vulnérabilité. 

#hommage #amour #humanité
“Quel est le parasite le plus résistant : une bact “Quel est le parasite le plus résistant : une bactérie, un virus, un ver intestinal ? … Une idée.”
Citation tirée du film Inception. Ce film m’avait profondément marquée, bouleversant ma perception du monde réel et imaginaire, des rêves et de la manière dont notre cerveau (conscient, inconscient et subconscient) fonctionne face aux émotions, aux souvenirs, à la réalité…

Photos prises à l’intérieur de l’immeuble Union, à Sanayeh, Beyrouth, dans le cadre de l’exposition We Design Beirut @wedesignbeirut 
Scénario d’éclairage par @smartervolts
J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. Nous étions J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. 

Nous étions toutes deux adossées au mur du service d’oncologie, les épaules affaissées, l’esprit ailleurs. Nos regards fatigués se sont croisés, esquivés, puis retrouvés. Des regards furtifs, chacune craignant que les terreurs enfouies dans ses pupilles ne soient dévoilées.

Je lui ai adressé un sourire timide.

– « Un cappuccino ? » a-t-elle proposé. « Je vais à la cafet. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Un quart d’heure plus tard, elle longeait le couloir interminable, aux couleurs sarcastiques du printemps, deux cappuccinos nichés dans une petite boîte en carton.

Mira avait de longs cheveux châtains ondulés, des yeux noisette emplis de tristesse et un sourire franc. Ingénieure installée à Paris, elle était rentrée au Liban pour être auprès de son père malade. Son mari et son fils d’à peine un an étaient restés en France. Depuis un mois, sa mère, ses deux sœurs et elle se relayaient au chevet de son père.

Une semaine durant, Mira et moi avons partagé une pause-café quotidienne dans ce couloir jaune et vert, dans cette antichambre glaciale de la mort qui guettait nos pères. Nos conversations mêlaient souvenirs d’enfance, traitements antidouleur, soins palliatifs, éloges de nos deux héros à peine conscients, peurs refoulées, sentiments de culpabilité et d’impuissance. (…)

La suite du texte sur mon blog (lien en bio).

Photo: toile d’Huguette Caland, Soleil Rouge (Red Sun), 1964, huile sur toile de lin, 129.5 x 195.6 cm.
Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, av Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, avoir été, ne serait-ce qu’un instant, un rayon de soleil dans la vie d’autrui me suffirait.
Septembre cette année, je le vis pour la première Septembre cette année, je le vis pour la première fois. Parce que cette première fois est sans toi. J’ai arrêté d’écrire en avril 2024, quatre mois après ton diagnostic. Mes doigts refusaient de transcrire les émois de mon cœur: par peur de trahir le calme feint que je m’efforçais de garder en ta présence, pour ne pas fragiliser ton état; par pudeur, mes sentiments relevant de mon jardin intime. Même après ton départ vers un monde inconnu, du moins aux yeux de ma conscience limitée, simple être humain que je suis, tout me retenait de reprendre ma plume. C’est dans un effort délibéré que j’écris ces lignes aujourd’hui. Pour briser l’étau de silence qui se resserre autour de moi avant qu’il ne devienne irréversible. 
Je partage avec toi, avec vous, ces photos de fin d’été qui me rappellent ton envol. Elles incarnent le crépuscule d’un jour, ponctué d’instants d’une vie. Mais voir tant de splendeur et de chaleur dans une scène d’adieux, ou plutôt d’au-revoir, a quelque chose de déchirant. Alors je me contente d’écouter le bruit des vagues qui se brisent sur ces plages de sable et de galet qui font de mon Liban une beauté. La musique de leur déhanchement en pleine mer puis de leur écrasement contre le rivage m’apaise, tel un baume sur mon cœur meurtri. Je ferme les yeux et je t’imagine près de moi, sortant une anecdote insolite suivie d’une parole tendre. Et je souris.
“Un seul être vous manque et tout est dépeuplé” “Un seul être vous manque et tout est dépeuplé”
“Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik “Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik au théâtre du @thpalaisroyal . Couronnée de cinq Molières, elle relate la création du célèbre “Cyrano de Bergerac”. Quel bonheur de la regarder en compagnie de ma fille Yara!❤️
“Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe “Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe plus .”
Du roman en vers de Pouchkine, Eugène Onéguine, œuvre phare de la littérature russe du XIXe siècle, John Cranko a créé un ballet époustouflant, une merveille au Palais Garnier @balletoperadeparis où le talentueux @mathieuganioofficiel a fait ses adieux à la scène, sur scène. 

#ballet #oneguine #mathieuganio

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