• Passer à la navigation principale
  • Passer au contenu principal
  • Passer à la barre latérale principale
  • Passer au pied de page
  • Secondary Navigation Social Media Icons

    • Adresse mail
    • Facebook
    • Instagram
L’InstaPlume de Fida

L’InstaPlume de Fida

Chroniqueuse ・ Écrivaine

  • À Propos
  • Contact
  • Les Écrits
    • Articles
    • Réflexions
    • Ouvrages
    • Manuscrits
Vous êtes ici : Accueil / Articles / La fille de la guerre

La fille de la guerre

07.10.20 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

Getting your Trinity Audio player ready...
Dans L’Orient-Le Jour/OLJ par Fida Khalifé, le 07 octobre 2020 à 00h00

Je suis la fille de la guerre, de cette génération qui maîtrise depuis sa plus tendre enfance l’art de museler la peur, de la regarder droit dans les yeux, sans ciller, les lèvres dessinant un rictus moqueur, puis de tourner les talons, la tête droite, pour aller danser dans les clubs huppés de la capitale. De cette génération qui s’empressait de retenir par cœur le chapitre sur les accords de Bretton Woods avant de pouvoir entamer l’énième partie de cartes à la lueur des bougies dans les abris souterrains, ignorant prestement – dans un jeu psychique digne de Sigmund Freud ou plutôt d’Alfred Hitchcock – le bruit assourdissant des bombes qui pleuvaient dehors à la pelle. De cette génération qui a appris précocement, douloureusement, comment déjouer les méandres de l’angoisse quand elle découvrait, au lever du jour, les ravages des obus et des explosions qui avaient défoncé les lits abandonnés la veille à la hâte ou, pire, fauché des amis ou des voisins.

Je suis la fille de la Méditerranée que je rejoignais à vélo les jours d’été, avec toute la bande de copains, dans une petite robe fleurie, les cheveux au vent, le soleil creusant les fossettes. Nous prenions plaisir à pourchasser les méduses en pleine mer, debout en équilibristes sur nos planches à rame appelées « haskeh » ou à dévorer les oursins sur le rivage en contemplant l’explosion de couleurs qui enflammait l’horizon fauve au crépuscule.

Je suis la fille adoptive de Beyrouth. Je ne sais pas qui a adopté qui au juste. Ce n’était pas le coup de foudre à vrai dire. J’avais grandi au nord de la capitale, dans le village de Amchit, où les palmiers enlaçaient l’azur infini, où les routes bordées de bougainvilliers serpentaient entre les demeures séculaires aux arcades majestueuses et aux tuiles rougeâtres. Pour moi, les plages de galet et les landes infinies étaient synonymes de liberté.

Beyrouth m’avait donc semblé suffocant avec ses venelles grisâtres, ses nouveaux gratte-ciel qui jetaient de l’ombre sur les quelques rares maisons « à caractère traditionnel » encore épargnées par la jungle urbaine, son air pollué et sa cacophonie tonitruante. Mais l’amour est complice du temps, paraît-il. Ce Beyrouth farouche, libertin, cosmopolite, s’est lentement, insidieusement, imprégné en moi, telle une seconde peau. Ce Beyrouth aux paradoxes incompréhensibles, aux identités multiples, m’a convoitée en douceur, sans empressement, pour me prendre farouchement. Et voilà que je me réveillais un jour devenue son territoire, moi la fille du soleil et des algues.

Ce Beyrouth, je l’ai vu brûler sous mes yeux le 4 août dernier. Il fondait dans les flammes de l’incompréhension meurtrière, des identités meurtrières d’Amin Maalouf, pulvérisé en l’espace de quelques secondes. Les quartiers que je dévalais chaque jour, en faisant mon jogging du soir, longeant les cafés-trottoirs bondés qui grouillaient à la « happy hour » où les effluves des narguilés se mariaient à l’air marin, à quelques mètres du port, où les discussions s’enflammaient une octave plus haut que la musique, ces quartiers que j’avais apprivoisés et tant aimés, que j’avais désormais sous la peau, étaient rasés en quelques secondes. À plat. À terre. Dans une explosion de sang et de gravats. Enterrés sous des tonnes de verre et de décombres, les façades criblées, les portes défoncées. Le cœur poignardé. L’âme béante.

Je suis la fille de la guerre. Mais pas de cette guerre-là. Elle est tout autre, celle-là. Devant elle, je ne maîtrise plus l’art de museler la peur, ni le talent de jongler avec les subtilités du déni, ce jeu psychique frisant la schizophrénie qui a longtemps été l’arme autodéfensive du peuple libanais. Cette guerre-là a réussi à terrasser ma ville adoptive en un clin d’œil. Dans une implosion de négligence, de nonchalance et d’impunité à outrance. Elle a violé un peuple déjà agonisant économiquement, financièrement et politiquement, un peuple dont le regard hagard se promène désespérément sur les vestiges d’une espérance fictive, à laquelle il s’était accroché des années durant pour ne pas prendre les boat people.

Cette guerre-là a tué en moi la fille de la guerre, moi qui devais mourir en ce 4 août 2020. La femme de la lutte a survécu.

Tweetez
Partagez
Partagez
Épingle
← Post Précédent
Je ne veux plus !
Post Suivant →
Ma sensibilité n’est pas ma fragilité.

À propos L’InstaPlume de Fida

Barre latérale principale

𓂃🪶 Fida

Chroniqueuse et Écrivaine

Catégories

  • Articles
  • Manuscrits
  • Ouvrages
  • Réflexions
  • Textes

Archives

Étiquettes

Amchit amitié amour apocalypse art autobiographie beauté Beyrouth bleu carnage Covid-19 culture deuil enfant espoir expérience femme Ici Beyrouth international women's day journée internationale des femmes Kafka Liban libanaise liberté Lisbonne mort mère méditation namaste Norma Jeane nouvel an Noël OLJ paix papa réalité révolution rêves sang sculpture sentiments silence vivre écrire émigration
Hier soir, j’ai vécu une expérience immersive inou Hier soir, j’ai vécu une expérience immersive inoubliable en assistant à la représentation des “Piliers de la société”, mise en scène par @lucien_bourjeily et produite par @farah_shaer .

Cette œuvre de théâtre, écrite par le dramaturge norvégien Henrik Ibsen en 1877, a pris vie sur le campus de l’Université  américaine de Beyrouth. Axée autour des thèmes du pouvoir, de la corruption et de l’hypocrisie sociale, elle révèle des réalités intemporelles qui continuent de sévir dans nos sociétés. À maintes reprises, les spectateurs ont éclaté de rire tant certaines scènes, bien qu’issues d’un autre siècle, semblaient dresser le portrait du Liban contemporain, tant sur le plan politique que social.

Mais en dépit des épreuves tous azimuts que traverse notre pays, la culture, le talent, l’art et la créativité continuent de triompher.

Hier soir, sur le campus de l’AUB, surplombant une Méditerranée baignée par la lumière argentée d’un croissant de lune, “Les Piliers de la société” ont soufflé une véritable brise d’espoir.
Beyrouth, mon amour, sous un ciel tout en flammes, Beyrouth, mon amour, sous un ciel tout en flammes,
Des marées de “je t’aime” suffiront-elles à te sauver
Des convoitises d’aucuns, voisins ou étrangers ?
Malgré les oliviers réduits en cendres, 
Tel un cèdre obstiné,
Ta beauté continuera de briller dans le firmament de nos âmes.

#beyrouth #amour #crepuscule
Derrière cette porte rouge se trouve mon mentor. O Derrière cette porte rouge se trouve mon mentor. Ou peut-être mon ange gardien, pour employer un registre plus spirituel. Bref, nos chemins se sont croisés, à une période charnière de ma vie. Coïncidence ? Providence ? Tout dépend de la vision que l’on se forge de la vie, du monde, de la foi aussi, de ce en quoi, ou en qui, l’on croit.
Si j’évoque mon mentor, c’est parce que, derrière cette porte rouge, j’ai appris l’importance de l’expression « si seulement ». J’ai compris qu’au crépuscule de la vie, avant que la mort ne finisse par entrer, sans s’annoncer, sans même avoir besoin d’enfoncer la porte, s’imposant royalement, telle une souveraine, « si seulement » devient l’ultime regret d’une âme encore vivante. 
Aujourd’hui, cette expression ne cessait de tourner dans ma tête, comme un disque rayé. 
Si seulement cette amie faisait encore partie de ma vie, quelles aventures aurions-nous vécues ensemble ? Si seulement mon père était toujours vivant, quels conseils m’auraient-ils prodigués ? Si seulement j’avais accepté ce poste à Bruxelles, quelles expériences aurai-je traversées ? Si seulement je n’avais pas décliné l’appel téléphonique d’une personne qui m’avait blessée, aurions-nous pu enterrer la hache de guerre ?
Jamais mes interrogations n’avaient commencé par: « Si seulement je n’avais PAS… »
« Il vaut mieux avoir des remords que des regrets », dit-on. Comme c’est vrai…. Et pourtant, en parlant de destinée, la somme de ces chemins empruntés ou évités n’aurait-elle pas, en définitive, conduit au même point ? 
Mon mentor m’avait conseillé de regarder le film Le Tourbillon de la vie (2022). Ce film raconte l’histoire d’une femme dont la vie est relatée à travers différentes trajectoires possibles, en fonction des choix qu’elle aurait pu faire. Il montre comment de petites décisions peuvent transformer toute une existence, mais suggère que ce qui compte, ce sont les émotions et les liens qui persistent, imperturbables, au-delà des choix effectués, au-delà des chemins empruntés. 

#choix #réflexiondujour #tourbillondelavie
La vie est belle? D’aucuns penseraient: quelle phr La vie est belle? D’aucuns penseraient: quelle phrase cliché! Certes, dans la plupart des cas, la vie ne se déroule pas comme nous le souhaitons. Nous passons nos vies à lutter contre nos déceptions, nos désillusions, nos chagrins, tant dans nos carrières, que dans nos amours ou nos liens sociaux, voire dans la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Parce que nous avions imaginé que les choses se passeraient autrement, “à notre façon”, selon le plan que “nous” avions envisagé pour notre avenir. 

Personne ne nous a appris que le bonheur n’était point un objectif à atteindre en soi, mais plutôt une manière de penser. Le bonheur serait un art: l’art de naviguer à travers toutes ces émotions lorsque le plan B se produit alors que nous attendions encore le plan A. Car après tout, rien n’est définitif. Nous ne sommes que des êtres humains découvrant ce monde, cette existence faite de « peut-être » et non de certitude, tout en essayant de faire de notre mieux. 

Tout réside dans notre manière de répondre aux situations que la vie place sur notre chemin, dans notre perception, notre façon de gérer ce qui est présenté comme des « obstacles » ou des situations négatives. En réalité, il ne s’agit point de situations « positives » ou « négatives ». Ce ne sont que des expériences. Et dans chaque expérience, quelle qu’en soit la forme ou l’ampleur, la clé de la paix, voire du bonheur, se cache dans l’art de lui permettre de nous transformer, de nous éclairer un tant soit peu sur les autres, et sur nous-mêmes; afin d’en sortir emplis de gratitude. Reconnaissants pour ce que nous avons vécu, dans toute notre humanité, sans apposer les étiquettes de « blanc » ou « noir ». Au fond, ce sont ces expériences qui prouvent que nous sommes bel et bien vivants, et qui rendent la vie encore plus belle. 

#beauté #expérience #gemmayzeh
Chaque détail est une onde à la surface de l’eau. Chaque détail est une onde à la surface de l’eau. Chaque onde en crée d’autres qui s’élargissent pour affecter non pas une seule existence, mais des vies au pluriel. Tout est connecté. 

#onde #ripple #vie
En mai 2007, quand j’ai élu domicile dans la capit En mai 2007, quand j’ai élu domicile dans la capitale Beyrouth, j’avais le coeur lourd. Ayant grandi au nord du pays, dans un village tranquille parmi les palmiers et les maisons de pierre aux arcades traditionnelles, aux volets bleus et aux toits en brique rouge, mon enfance était quasiment épargnée des atrocités de la guerre. Je n’aimais donc pas l’idée de devoir vivre dans une ville où les conflits successifs avaient fait rage et des ravages. Je n’étais plus à l’abri du danger. Mais au fil des années, Beyrouth a fini par me séduire. Je l’ai aimé, malgré sa fragilité, malgré le risque d’y être engloutie, corps et âme. J’y suis restée, durant toutes les crises qui l’ont accablé, bien qu’une petite voix intérieure me suppliât de plier bagage. Tandis qu’une partie de la capitale est pilonnée, voici quelques petits coins qui respirent encore la vie, et qui me rappellent pourquoi et comment la ville est parvenue à m’envoûter après avoir tenté de résister à son charme. 

#amour #beyrouth #liban
La guerre bat son plein. Une guerre totale, ouvert La guerre bat son plein. Une guerre totale, ouverte, régionale. Sans limites. Elle défie tous les principes, toutes les valeurs humaines et morales qui m’ont été inculqués. Quel que soit le camp ou la partie, chacun se veut moralisateur. On tue au nom des religions. On tue au nom de la paix. Les leaders jugent, condamnent et infligent leurs sentences du haut de leur piédestal.
C’est quoi ce monde dans lequel je vis ? Aucune partie ne me représente, ni incarne les idéaux qui ont été à la base d’un ordre international pulvérisé par toutes les exactions possibles. Aucune guerre ne saurait prétendre viser la paix. C’est une aberration. La paix est synonyme d’humanité, mais elle n’a pas de place dans un monde régi par l’argent, les profits économiques et les intérêts personnels.
Trêve de justifications et de prétextes ! Toute guerre est un échec, quelle que soit sa finalité. 

#journaldeguerre #beyrouth
J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tan J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tante Alice, qui n’est plus de ce monde. Je réalise à quel point cette photo lui rend justice. Son sourire, son visage reflètent son innocence, sa candeur et son affection. Elle était le symbole même de la bonté. Elle avait la larme facile, le coeur sur la main et trouvait toujours des excuses aux autres, quels que soient leurs défauts. Ce post n’est pas seulement un hommage à cet ange qui repose désormais dans l’au-delà, mais il est surtout un hommage à tout ce qui est stigmatisé de nos jours: la transparence, la gentillesse, la générosité émotionnelle, l’expression de l’amour. 
Tout est éphémère: le pouvoir, l’argent, les apparences, la santé, tout simplement parce que nous sommes humains. Ce qui transcende notre mortalité et donne un sens à la vie, c’est précisément notre humanité dans toute sa vulnérabilité. 

#hommage #amour #humanité

Footer

Contactez Fida

Si vous avez la moindre question, n'hésitez pas à m'écrire à info@linstaplumedefida.com

Message

Liens

  • Adresse mail
  • Facebook
  • Instagram

Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter pour obtenir les mises à jour

L’instaPlume De Fida © 2026. Tous droits réservés.

Isla Theme by Code + Coconut