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Libres d’être

25.11.20 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

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Dans L’Orient-Le Jour/OLJ par Fida Khalifé Absi, le 25 novembre 2020 à 00h00

Noël était ma période de fête préférée de l’année. Entre les souvenirs de mon enfance, la chaleur familiale et les belles rencontres avec les amis, je me laissais envelopper par l’excitation fébrile, l’anticipation enivrante, des semaines à l’avance.

C’était avant. Quand le cœur y était encore, quand l’espoir était un sentiment légitime, voire une obligation dans un pays où la résilience était une qualité de facto, érigée sur le piédestal des valeurs sacro-saintes, haut sur l’échelle des vibrations énergétiques. Quand la vie à la libanaise battait son plein, entre extravagance typiquement méditerranéenne et déni pathologique des problèmes qui s’amoncelaient jour après jour, tels des nuages qui assombrissaient l’horizon, augurant un orage tonitruant. Quand les Libanaises et les Libanais ne juraient que par leur joie de vivre, croyant qu’elle était l’arme ultrapuissante pour déstabiliser des titans armés jusqu’aux dents, pour balayer d’un coup de semonce les soucis les plus tenaces. Quand ils vivaient purement et simplement dans leur bulle d’illusions, leur sens faussé de la réalité, leur capacité extraordinaire à enterrer des désastres sous des sables mouvants, à faire l’autruche au nom de je ne sais quelles traditions ancestrales, au nom d’une mémoire collective qui a cultivé l’art de raser des chapitres entiers de son histoire, l’art de remonter le temps pour effacer les souvenirs de guerres fratricides et d’échecs politiques et économiques successifs, au lieu d’en tirer les leçons existentielles, au lieu de déterrer les erreurs, les faux pas et les délits, de les réviser, de les corriger, de les retenir par cœur, un par un, pour ne plus les commettre, pour pouvoir les enrayer. Définitivement.

Pour pouvoir enfin vivre normalement, se sentir pour une fois citoyens à part entière, dignes, humains, bénéficiant des droits les plus élémentaires. Pour pouvoir se sentir libres.

Libres de s’exprimer, de crier leur rage contre un système confessionnel corrompu, contre un système bancaire qui a confisqué, en toute impunité, sans scrupule, sans remords, leurs économies, le fruit d’années de labeur, leurs indemnités de fin de service, l’argent consacré à l’enseignement de leurs enfants, à leur retraite, aux coûts des soins de santé en cas de maladie ou d’accident. Libres de voyager sans se sentir persona non grata à cause de leur nationalité, sans devoir mendier des dollars ou des euros, sans rêver de vivre en immigrés dans des contrées en deçà de leurs aspirations.

Libres de respirer de l’air frais, propre, et non pas les effluves intoxicants, cancérigènes de la pollution rampante, libres d’accéder aux services de base en ce XXIe siècle. Libres de dormir. Oui dormir. De faire des nuits complètes, et non pas piquer des crises d’anxiété et déambuler dans leurs foyers tels des funambules insomniaques, tels des animaux en cage.

Libres d’avoir des ambitions, des projets, des rêves, pour eux, pour leurs parents ou leurs progénitures, sans être tiraillés entre patriotisme et émigration, entre appartenance et révolution, entre espérance et résignation.

Libres d’exister en dehors de ce camp de concentration, en dehors de ce labyrinthe de corruption, en dehors des axes régionaux, en dehors des intérêts communautaires ou internationaux, en dehors des identités rancunières et des explosions meurtrières.

Libres de vivre farouchement, passionnément dans une patrie digne de ce nom. Une patrie qui mérite leurs sacrifices, une patrie où leur talent peut exploser, où leur excellence peut rayonner, où leur effort peut fructifier. Vivre au vrai sens du terme, et non à défaut de mourir.

Libres d’être.

En ce Noël 2020, alors que le Covid-19 bat son plein – bien que ce virus soit honnêtement le moindre des maux libanais –, alors que la santé mentale, physique et psychique des Libanais balance entre confinement et crise de survie, notre souhait le plus cher est tout simplement… d’être.

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Hier soir, j’ai vécu une expérience immersive inou Hier soir, j’ai vécu une expérience immersive inoubliable en assistant à la représentation des “Piliers de la société”, mise en scène par @lucien_bourjeily et produite par @farah_shaer .

Cette œuvre de théâtre, écrite par le dramaturge norvégien Henrik Ibsen en 1877, a pris vie sur le campus de l’Université  américaine de Beyrouth. Axée autour des thèmes du pouvoir, de la corruption et de l’hypocrisie sociale, elle révèle des réalités intemporelles qui continuent de sévir dans nos sociétés. À maintes reprises, les spectateurs ont éclaté de rire tant certaines scènes, bien qu’issues d’un autre siècle, semblaient dresser le portrait du Liban contemporain, tant sur le plan politique que social.

Mais en dépit des épreuves tous azimuts que traverse notre pays, la culture, le talent, l’art et la créativité continuent de triompher.

Hier soir, sur le campus de l’AUB, surplombant une Méditerranée baignée par la lumière argentée d’un croissant de lune, “Les Piliers de la société” ont soufflé une véritable brise d’espoir.
Beyrouth, mon amour, sous un ciel tout en flammes, Beyrouth, mon amour, sous un ciel tout en flammes,
Des marées de “je t’aime” suffiront-elles à te sauver
Des convoitises d’aucuns, voisins ou étrangers ?
Malgré les oliviers réduits en cendres, 
Tel un cèdre obstiné,
Ta beauté continuera de briller dans le firmament de nos âmes.

#beyrouth #amour #crepuscule
Derrière cette porte rouge se trouve mon mentor. O Derrière cette porte rouge se trouve mon mentor. Ou peut-être mon ange gardien, pour employer un registre plus spirituel. Bref, nos chemins se sont croisés, à une période charnière de ma vie. Coïncidence ? Providence ? Tout dépend de la vision que l’on se forge de la vie, du monde, de la foi aussi, de ce en quoi, ou en qui, l’on croit.
Si j’évoque mon mentor, c’est parce que, derrière cette porte rouge, j’ai appris l’importance de l’expression « si seulement ». J’ai compris qu’au crépuscule de la vie, avant que la mort ne finisse par entrer, sans s’annoncer, sans même avoir besoin d’enfoncer la porte, s’imposant royalement, telle une souveraine, « si seulement » devient l’ultime regret d’une âme encore vivante. 
Aujourd’hui, cette expression ne cessait de tourner dans ma tête, comme un disque rayé. 
Si seulement cette amie faisait encore partie de ma vie, quelles aventures aurions-nous vécues ensemble ? Si seulement mon père était toujours vivant, quels conseils m’auraient-ils prodigués ? Si seulement j’avais accepté ce poste à Bruxelles, quelles expériences aurai-je traversées ? Si seulement je n’avais pas décliné l’appel téléphonique d’une personne qui m’avait blessée, aurions-nous pu enterrer la hache de guerre ?
Jamais mes interrogations n’avaient commencé par: « Si seulement je n’avais PAS… »
« Il vaut mieux avoir des remords que des regrets », dit-on. Comme c’est vrai…. Et pourtant, en parlant de destinée, la somme de ces chemins empruntés ou évités n’aurait-elle pas, en définitive, conduit au même point ? 
Mon mentor m’avait conseillé de regarder le film Le Tourbillon de la vie (2022). Ce film raconte l’histoire d’une femme dont la vie est relatée à travers différentes trajectoires possibles, en fonction des choix qu’elle aurait pu faire. Il montre comment de petites décisions peuvent transformer toute une existence, mais suggère que ce qui compte, ce sont les émotions et les liens qui persistent, imperturbables, au-delà des choix effectués, au-delà des chemins empruntés. 

#choix #réflexiondujour #tourbillondelavie
La vie est belle? D’aucuns penseraient: quelle phr La vie est belle? D’aucuns penseraient: quelle phrase cliché! Certes, dans la plupart des cas, la vie ne se déroule pas comme nous le souhaitons. Nous passons nos vies à lutter contre nos déceptions, nos désillusions, nos chagrins, tant dans nos carrières, que dans nos amours ou nos liens sociaux, voire dans la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Parce que nous avions imaginé que les choses se passeraient autrement, “à notre façon”, selon le plan que “nous” avions envisagé pour notre avenir. 

Personne ne nous a appris que le bonheur n’était point un objectif à atteindre en soi, mais plutôt une manière de penser. Le bonheur serait un art: l’art de naviguer à travers toutes ces émotions lorsque le plan B se produit alors que nous attendions encore le plan A. Car après tout, rien n’est définitif. Nous ne sommes que des êtres humains découvrant ce monde, cette existence faite de « peut-être » et non de certitude, tout en essayant de faire de notre mieux. 

Tout réside dans notre manière de répondre aux situations que la vie place sur notre chemin, dans notre perception, notre façon de gérer ce qui est présenté comme des « obstacles » ou des situations négatives. En réalité, il ne s’agit point de situations « positives » ou « négatives ». Ce ne sont que des expériences. Et dans chaque expérience, quelle qu’en soit la forme ou l’ampleur, la clé de la paix, voire du bonheur, se cache dans l’art de lui permettre de nous transformer, de nous éclairer un tant soit peu sur les autres, et sur nous-mêmes; afin d’en sortir emplis de gratitude. Reconnaissants pour ce que nous avons vécu, dans toute notre humanité, sans apposer les étiquettes de « blanc » ou « noir ». Au fond, ce sont ces expériences qui prouvent que nous sommes bel et bien vivants, et qui rendent la vie encore plus belle. 

#beauté #expérience #gemmayzeh
Chaque détail est une onde à la surface de l’eau. Chaque détail est une onde à la surface de l’eau. Chaque onde en crée d’autres qui s’élargissent pour affecter non pas une seule existence, mais des vies au pluriel. Tout est connecté. 

#onde #ripple #vie
En mai 2007, quand j’ai élu domicile dans la capit En mai 2007, quand j’ai élu domicile dans la capitale Beyrouth, j’avais le coeur lourd. Ayant grandi au nord du pays, dans un village tranquille parmi les palmiers et les maisons de pierre aux arcades traditionnelles, aux volets bleus et aux toits en brique rouge, mon enfance était quasiment épargnée des atrocités de la guerre. Je n’aimais donc pas l’idée de devoir vivre dans une ville où les conflits successifs avaient fait rage et des ravages. Je n’étais plus à l’abri du danger. Mais au fil des années, Beyrouth a fini par me séduire. Je l’ai aimé, malgré sa fragilité, malgré le risque d’y être engloutie, corps et âme. J’y suis restée, durant toutes les crises qui l’ont accablé, bien qu’une petite voix intérieure me suppliât de plier bagage. Tandis qu’une partie de la capitale est pilonnée, voici quelques petits coins qui respirent encore la vie, et qui me rappellent pourquoi et comment la ville est parvenue à m’envoûter après avoir tenté de résister à son charme. 

#amour #beyrouth #liban
La guerre bat son plein. Une guerre totale, ouvert La guerre bat son plein. Une guerre totale, ouverte, régionale. Sans limites. Elle défie tous les principes, toutes les valeurs humaines et morales qui m’ont été inculqués. Quel que soit le camp ou la partie, chacun se veut moralisateur. On tue au nom des religions. On tue au nom de la paix. Les leaders jugent, condamnent et infligent leurs sentences du haut de leur piédestal.
C’est quoi ce monde dans lequel je vis ? Aucune partie ne me représente, ni incarne les idéaux qui ont été à la base d’un ordre international pulvérisé par toutes les exactions possibles. Aucune guerre ne saurait prétendre viser la paix. C’est une aberration. La paix est synonyme d’humanité, mais elle n’a pas de place dans un monde régi par l’argent, les profits économiques et les intérêts personnels.
Trêve de justifications et de prétextes ! Toute guerre est un échec, quelle que soit sa finalité. 

#journaldeguerre #beyrouth
J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tan J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tante Alice, qui n’est plus de ce monde. Je réalise à quel point cette photo lui rend justice. Son sourire, son visage reflètent son innocence, sa candeur et son affection. Elle était le symbole même de la bonté. Elle avait la larme facile, le coeur sur la main et trouvait toujours des excuses aux autres, quels que soient leurs défauts. Ce post n’est pas seulement un hommage à cet ange qui repose désormais dans l’au-delà, mais il est surtout un hommage à tout ce qui est stigmatisé de nos jours: la transparence, la gentillesse, la générosité émotionnelle, l’expression de l’amour. 
Tout est éphémère: le pouvoir, l’argent, les apparences, la santé, tout simplement parce que nous sommes humains. Ce qui transcende notre mortalité et donne un sens à la vie, c’est précisément notre humanité dans toute sa vulnérabilité. 

#hommage #amour #humanité

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