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Triste retour sur l’apocalypse

24.02.21 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

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Dans L’Orient-Le Jour/OLJ par Fida Khalifé Absi, le 24 février 2021 à 00h00

(Récit fictif à l’occasion de la commémoration de l’explosion qui a secoué Beyrouth le 4 août 2020, six mois après)

Je cours comme une folle dans les rues ensevelies sous les décombres. Le ciel est jaune de poussière. L’odeur de sang, de fumée et de soufre me brûle les narines. Sur les trottoirs gisent des corps inanimés. Dans le brouillard qui enveloppe mon regard, j’essaie de retrouver mes repères. La rue d’Arménie, les marches de Mar Mikhaël, le café Internationale, puis à droite s’élève, lugubre, un immeuble à l’architecture démodée, Électricité du Liban, qui peine à éclairer le pays…

Mon cœur bat la chamade. Mes mains sont moites de sueur froide. Un goût salé trempe mes lèvres. Je ne me rends même pas compte que des larmes incontrôlables coulent sur mes joues. La nausée me noue l’estomac. Suis-je dans un cauchemar ? Est-ce la réalité, ou mon inconscient me joue-t-il des tours ? « Ne panique pas. Garde ton sang-froid. Tu le retrouveras. Souriant, sain et sauf. Il te prendra dans ses bras et vous rirez de ton angoisse. Comme toujours. Lui, avec son flegme inébranlable, son regard énigmatique, son esprit pragmatique, essaiera de calmer ton anxiété. Il prendra tes doigts entre les siens et les frottera tendrement pour arrêter leur tremblement, caressera tes cheveux en ôtant les débris poussiéreux qui s’y collaient, embrassera tes larmes puis tes lèvres. » Je tente de me raisonner en atteignant la rue Pasteur, dans le quartier de Gemmayzé. Une douleur lancinante irradie le long de ma jambe gauche. Mon nerf sciatique s’enflamme au bout d’une course interminable en talons aiguilles. Soudain, un homme âgé, aux yeux hagards, attrape mon bras. Le sang dégouline de son crâne. Ses cheveux sont blanchis par les cendres. Il pleure comme un enfant. Il répète une litanie de paroles que je ne saisis pas. Sa voix me parvient de loin, comme si mes tympans étaient recouverts de couches isolantes. Je regarde autour de moi. La scène est irréelle, digne d’un film d’horreur, genre fin du monde. Les immeubles sont rasés. Les anciennes demeures traditionnelles aux arcades majestueuses, aux tuiles rouges de Marseille, aux voûtes décorées de fresques, sont à plat. À terre. Enterrées sous des tonnes de décombres, les façades criblées, les portes défoncées. Le cœur poignardé. L’âme béante.

Les gens avancent comme des automates en enjambant les gravats, leur sang traînant dans leur sillage, les uns tenant leurs têtes ensanglantées, d’autres leurs bras cassés ou leurs jambes facturées. Dans un silence fracassant.

J’atteins enfin l’immeuble où il habite. L’entrée est bloquée par un amas de planches, de vitres brisées, de cadres de fenêtres. Je me fraye un passage quand bien même. Les débris de verre s’enfoncent dans mes paumes. La rage désespérée de le retrouver s’empare de mon être. De mon corps. Ô mon Dieu, faites que je le retrouve vivant ! Sain et sauf. Debout sur ses longues jambes, le port altier, les épaules larges.

Je monte les marches qui mènent au troisième étage aussi vite que mes jambes ankylosées, mon nerf sciatique, mes escarpins et ma jupe-crayon le permettent. Aussi vite que le chaos alentour le permet. Aussi vite que les battements stridents de mon cœur. Aussi vite que la course effrénée des pensées incohérentes dans ma tête.

Sur le palier de son appartement, mon cœur s’arrête net. La porte d’entrée en bois massif gît par terre, au milieu du salon. De ce qui était jadis un salon. C’est maintenant un champ de bataille suspendu entre ciel et terre. Dénudé de ses façades, privé de ses vitres, les meubles éventrés, les rideaux déchiquetés, les murs fissurés. Un nuage jaunâtre flotte dans l’air.

Un chaos apocalyptique défigure l’appartement. Comme si un terrible ouragan venait de ravager la maison, détruisant tout sur son passage. Comme si cette pièce, à l’instar de toutes les autres, s’était soudain retrouvée, l’espace d’un instant, dans l’œil d’un cyclone impitoyable. Je l’appelle de toutes mes forces. Le silence me répond. Dans le couloir interminable que je longe, le sol est miné de dégâts, jonché de débris. Je n’essaie pas de les repousser, ni même de les outrepasser. Je les traverse, je les fends, et la douleur déchire mes chevilles. La porte de la chambre est fracassée. Il fait sombre.

De loin, j’aperçois une mèche de ses cheveux blonds sous l’armoire abattue en large par terre. Un cri jaillit du fond de ma gorge. Il tente de franchir ma bouche. Le son sort muet.

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J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tan J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tante Alice, qui n’est plus de ce monde. Je réalise à quel point cette photo lui rend justice. Son sourire, son visage reflètent son innocence, sa candeur et son affection. Elle était le symbole même de la bonté. Elle avait la larme facile, le coeur sur la main et trouvait toujours des excuses aux autres, quels que soient leurs défauts. Ce post n’est pas seulement un hommage à cet ange qui repose désormais dans l’au-delà, mais il est surtout un hommage à tout ce qui est stigmatisé de nos jours: la transparence, la gentillesse, la générosité émotionnelle, l’expression de l’amour. 
Tout est éphémère: le pouvoir, l’argent, les apparences, la santé, tout simplement parce que nous sommes humains. Ce qui transcende notre mortalité et donne un sens à la vie, c’est précisément notre humanité dans toute sa vulnérabilité. 

#hommage #amour #humanité
“Quel est le parasite le plus résistant : une bact “Quel est le parasite le plus résistant : une bactérie, un virus, un ver intestinal ? … Une idée.”
Citation tirée du film Inception. Ce film m’avait profondément marquée, bouleversant ma perception du monde réel et imaginaire, des rêves et de la manière dont notre cerveau (conscient, inconscient et subconscient) fonctionne face aux émotions, aux souvenirs, à la réalité…

Photos prises à l’intérieur de l’immeuble Union, à Sanayeh, Beyrouth, dans le cadre de l’exposition We Design Beirut @wedesignbeirut 
Scénario d’éclairage par @smartervolts
J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. Nous étions J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. 

Nous étions toutes deux adossées au mur du service d’oncologie, les épaules affaissées, l’esprit ailleurs. Nos regards fatigués se sont croisés, esquivés, puis retrouvés. Des regards furtifs, chacune craignant que les terreurs enfouies dans ses pupilles ne soient dévoilées.

Je lui ai adressé un sourire timide.

– « Un cappuccino ? » a-t-elle proposé. « Je vais à la cafet. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Un quart d’heure plus tard, elle longeait le couloir interminable, aux couleurs sarcastiques du printemps, deux cappuccinos nichés dans une petite boîte en carton.

Mira avait de longs cheveux châtains ondulés, des yeux noisette emplis de tristesse et un sourire franc. Ingénieure installée à Paris, elle était rentrée au Liban pour être auprès de son père malade. Son mari et son fils d’à peine un an étaient restés en France. Depuis un mois, sa mère, ses deux sœurs et elle se relayaient au chevet de son père.

Une semaine durant, Mira et moi avons partagé une pause-café quotidienne dans ce couloir jaune et vert, dans cette antichambre glaciale de la mort qui guettait nos pères. Nos conversations mêlaient souvenirs d’enfance, traitements antidouleur, soins palliatifs, éloges de nos deux héros à peine conscients, peurs refoulées, sentiments de culpabilité et d’impuissance. (…)

La suite du texte sur mon blog (lien en bio).

Photo: toile d’Huguette Caland, Soleil Rouge (Red Sun), 1964, huile sur toile de lin, 129.5 x 195.6 cm.
Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, av Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, avoir été, ne serait-ce qu’un instant, un rayon de soleil dans la vie d’autrui me suffirait.
Septembre cette année, je le vis pour la première Septembre cette année, je le vis pour la première fois. Parce que cette première fois est sans toi. J’ai arrêté d’écrire en avril 2024, quatre mois après ton diagnostic. Mes doigts refusaient de transcrire les émois de mon cœur: par peur de trahir le calme feint que je m’efforçais de garder en ta présence, pour ne pas fragiliser ton état; par pudeur, mes sentiments relevant de mon jardin intime. Même après ton départ vers un monde inconnu, du moins aux yeux de ma conscience limitée, simple être humain que je suis, tout me retenait de reprendre ma plume. C’est dans un effort délibéré que j’écris ces lignes aujourd’hui. Pour briser l’étau de silence qui se resserre autour de moi avant qu’il ne devienne irréversible. 
Je partage avec toi, avec vous, ces photos de fin d’été qui me rappellent ton envol. Elles incarnent le crépuscule d’un jour, ponctué d’instants d’une vie. Mais voir tant de splendeur et de chaleur dans une scène d’adieux, ou plutôt d’au-revoir, a quelque chose de déchirant. Alors je me contente d’écouter le bruit des vagues qui se brisent sur ces plages de sable et de galet qui font de mon Liban une beauté. La musique de leur déhanchement en pleine mer puis de leur écrasement contre le rivage m’apaise, tel un baume sur mon cœur meurtri. Je ferme les yeux et je t’imagine près de moi, sortant une anecdote insolite suivie d’une parole tendre. Et je souris.
“Un seul être vous manque et tout est dépeuplé” “Un seul être vous manque et tout est dépeuplé”
“Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik “Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik au théâtre du @thpalaisroyal . Couronnée de cinq Molières, elle relate la création du célèbre “Cyrano de Bergerac”. Quel bonheur de la regarder en compagnie de ma fille Yara!❤️
“Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe “Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe plus .”
Du roman en vers de Pouchkine, Eugène Onéguine, œuvre phare de la littérature russe du XIXe siècle, John Cranko a créé un ballet époustouflant, une merveille au Palais Garnier @balletoperadeparis où le talentueux @mathieuganioofficiel a fait ses adieux à la scène, sur scène. 

#ballet #oneguine #mathieuganio

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