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Escapade beyrouthine, entre rêve et matin

30.08.22 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

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Dans Ici Beyrouth par Fida Khalifé, le 30 août 2022 à 14:33

J’ai marché dans les rues de Beyrouth dès que l’aube a pointé du nez, avant que la chaleur ne colle ma petite robe fleurie contre ma peau. J’ai prétendu ne pas voir les déchets qui jonchaient les trottoirs gris, ou la couche de pollution jaunâtre qui couvrait le ciel au-dessus du port en ruine. Je ne voulais pas voir la négativité, je voulais jouer au déni dans mon escapade beyrouthine. D’ailleurs, je maîtrisais bien le jeu du déni, comme la plupart des Libanais qui voulaient survivre.

Ce matin-là précisément, j’étais d’humeur légère. Je saluais les promeneurs matinaux d’un sourire espiègle. Les voitures étaient rares si tôt de la journée. Quelques oiseaux chantaient dans les arbres clairsemés à Gemmayzeh. Furn Ghattas n’avait pas encore ouvert sa porte qui donnait sur la rue Gouraud, et les effluves de ses fameux fatayers, ses chaussons farcis d’épinards, ne s’étaient pas encore mêlés au parfum des jasmins qui décoraient les arcades des maisons traditionnelles. Un vieux couple sirotait son café turc en silence sur le balcon fraîchement repeint en couleurs pastel. Cela faisait un certain temps déjà que le marchand de journaux avait disparu de la rue Pasteur.

Les escaliers de Saint-Nicolas étaient curieusement nettoyés, faisant ressortir les couleurs des graffitis fanés par le soleil. J’en ai grimpé les marches lentement. La lumière timide du petit matin se mêlait au reflet rose des bougainvilliers, ravivant les souvenirs de mon récent voyage en Grèce. J’ai eu chaud au cœur. Le soleil était implacable à Athènes, mais la vie était si légère dans les rues pavées, bordées de bougainvilliers. J’ai fermé les yeux et j’ai ressenti le voilier tanguer sur la mer Égée parsemée d’îles grouillant de touristes. Là-bas, entre les bâtisses blanches aux toits turquoise et les plages propices au farniente, la vie était si simple. Là-bas, la vie était synonyme de douceur, de chaleur. Là-bas, les instincts de survie étaient débranchés. On ne sursautait pas à la détonation d’un bruit sourd ni au son d’un verre brisé. On ne s’inquiétait pas à l’idée de monter cinq étages à pied en cas de coupure de courant ni à une pénurie de pénicilline en cas de fièvre.

Et pourtant, ne s’agissait-il pas du même soleil le temps d’un été, et des mêmes reliefs méditerranéens? Les plages de galets blancs et de sable doré, les ruelles étroites et les demeures en pierre, les mimosas et les bougainvilliers, la cuisine à l’huile d’olive vierge et aux mezzés inspirés? Alors pourquoi? Pourquoi mon pays n’a-t-il pas le droit de se relever de son marasme économique et financier et d’afficher sa beauté et sa particularité? Pourquoi est-il condamné à rester, de génération en génération, une arène privilégiée pour les guerres des autres et les conflits fratricides? Pourquoi doit-il payer le prix de la corruption de la classe dirigeante et des citoyens aussi, des intérêts personnels et confessionnels, du népotisme, du clientélisme, de la négligence volontaire et de l’impunité? Pourquoi les mères sont-elles condamnées à pleurer le départ de leurs enfants vers des horizons lointains et des avenirs meilleurs? Pourquoi les universités doivent-elles perdre leurs professeurs les plus émérites et les hôpitaux se voir voler leurs chirurgiens les plus brillants? Pourquoi le cœur du Cèdre doit-il être tiraillé entre ses racines ancestrales et ses branches qui portent l’élan des oiseaux migrateurs?

J’ai repris ma marche dans les rues de Beyrouth, l’esprit en dilemme, le cœur plein d’émotions ambivalentes. N’est-ce pas l’état d’âme d’une Libanaise typique? La capitale se réveillait brutalement comme chaque matin. Et dans ma tête je reprenais les vers de Nadia Tuéni: «  Mon pays que l’on perd un jour sur le chemin. Mon pays qui se casse comme un morceau de vague.  Mon pays où l’été est un hiver certain. Mon pays qui voyage entre rêve et matin.  »

Photo: toile de Magda Chaaban, هنا بيروت, acrylic on canvas, 67 x 95 cm

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Le benjamin de notre famille est féru d’art 😻 Le benjamin de notre famille est féru d’art 😻
Les jours d’été s’égrènent. Avant que l’automne ne Les jours d’été s’égrènent. Avant que l’automne ne fasse son entrée triomphale à coups de fanfare, drapé de sa cape fauve, nous nous sommes délectés des trésors offerts par mon pays.

De la beauté des paysages aux plaisirs de la table, nos sens ont humé, goûté, touché et caressé les délices levantins. Certes, les photos ne sauraient, à elles seules, exprimer les émotions ineffables du cœur, de l’âme et du corps, mais elles éternisent des moments de pure félicité partagés avec les gens que nous aimons et que nous avons la chance d’avoir dans nos vies.

Je trinque à leur santé, aux crépuscules époustouflants depuis les cimes de nos montagnes, aux couleurs flamboyantes de nos cités et à la douceur de  notre Méditerranée. 

#plaisirs #ete #beaute
Parce qu’il n’en existe qu’une de par le monde. C’ Parce qu’il n’en existe qu’une de par le monde. C’est un mélange unique de charme, de chaleur, de folie, de chaos. C’est une source de félicité et de rage en même temps. Chaude et froide, douce et rebelle, réconfortante et enrageante. Une boule géante de contradictions et d’oxymores. Seul son climat est tempéré. Et pourtant cet amalgame, aucune d’autre ne saurait l’incarner mieux qu’elle. Mesdames et messieurs, voici ma nation de lait et miel. De miel et de fiel 😉 🇱🇧 

#liban #été #patchwork
Beyrouth, ma ville adoptive, je t’aime telle que t Beyrouth, ma ville adoptive, je t’aime telle que tu es: belle, imparfaite, critiquée mais incontournable ❤️
Hier soir, j’ai vécu une expérience immersive inou Hier soir, j’ai vécu une expérience immersive inoubliable en assistant à la représentation des “Piliers de la société”, mise en scène par @lucien_bourjeily et produite par @farah_shaer .

Cette œuvre de théâtre, écrite par le dramaturge norvégien Henrik Ibsen en 1877, a pris vie sur le campus de l’Université  américaine de Beyrouth. Axée autour des thèmes du pouvoir, de la corruption et de l’hypocrisie sociale, elle révèle des réalités intemporelles qui continuent de sévir dans nos sociétés. À maintes reprises, les spectateurs ont éclaté de rire tant certaines scènes, bien qu’issues d’un autre siècle, semblaient dresser le portrait du Liban contemporain, tant sur le plan politique que social.

Mais en dépit des épreuves tous azimuts que traverse notre pays, la culture, le talent, l’art et la créativité continuent de triompher.

Hier soir, sur le campus de l’AUB, surplombant une Méditerranée baignée par la lumière argentée d’un croissant de lune, “Les Piliers de la société” ont soufflé une véritable brise d’espoir.
Beyrouth, mon amour, sous un ciel tout en flammes, Beyrouth, mon amour, sous un ciel tout en flammes,
Des marées de “je t’aime” suffiront-elles à te sauver
Des convoitises d’aucuns, voisins ou étrangers ?
Malgré les oliviers réduits en cendres, 
Tel un cèdre obstiné,
Ta beauté continuera de briller dans le firmament de nos âmes.

#beyrouth #amour #crepuscule
Derrière cette porte rouge se trouve mon mentor. O Derrière cette porte rouge se trouve mon mentor. Ou peut-être mon ange gardien, pour employer un registre plus spirituel. Bref, nos chemins se sont croisés, à une période charnière de ma vie. Coïncidence ? Providence ? Tout dépend de la vision que l’on se forge de la vie, du monde, de la foi aussi, de ce en quoi, ou en qui, l’on croit.
Si j’évoque mon mentor, c’est parce que, derrière cette porte rouge, j’ai appris l’importance de l’expression « si seulement ». J’ai compris qu’au crépuscule de la vie, avant que la mort ne finisse par entrer, sans s’annoncer, sans même avoir besoin d’enfoncer la porte, s’imposant royalement, telle une souveraine, « si seulement » devient l’ultime regret d’une âme encore vivante. 
Aujourd’hui, cette expression ne cessait de tourner dans ma tête, comme un disque rayé. 
Si seulement cette amie faisait encore partie de ma vie, quelles aventures aurions-nous vécues ensemble ? Si seulement mon père était toujours vivant, quels conseils m’auraient-ils prodigués ? Si seulement j’avais accepté ce poste à Bruxelles, quelles expériences aurai-je traversées ? Si seulement je n’avais pas décliné l’appel téléphonique d’une personne qui m’avait blessée, aurions-nous pu enterrer la hache de guerre ?
Jamais mes interrogations n’avaient commencé par: « Si seulement je n’avais PAS… »
« Il vaut mieux avoir des remords que des regrets », dit-on. Comme c’est vrai…. Et pourtant, en parlant de destinée, la somme de ces chemins empruntés ou évités n’aurait-elle pas, en définitive, conduit au même point ? 
Mon mentor m’avait conseillé de regarder le film Le Tourbillon de la vie (2022). Ce film raconte l’histoire d’une femme dont la vie est relatée à travers différentes trajectoires possibles, en fonction des choix qu’elle aurait pu faire. Il montre comment de petites décisions peuvent transformer toute une existence, mais suggère que ce qui compte, ce sont les émotions et les liens qui persistent, imperturbables, au-delà des choix effectués, au-delà des chemins empruntés. 

#choix #réflexiondujour #tourbillondelavie
La vie est belle? D’aucuns penseraient: quelle phr La vie est belle? D’aucuns penseraient: quelle phrase cliché! Certes, dans la plupart des cas, la vie ne se déroule pas comme nous le souhaitons. Nous passons nos vies à lutter contre nos déceptions, nos désillusions, nos chagrins, tant dans nos carrières, que dans nos amours ou nos liens sociaux, voire dans la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Parce que nous avions imaginé que les choses se passeraient autrement, “à notre façon”, selon le plan que “nous” avions envisagé pour notre avenir. 

Personne ne nous a appris que le bonheur n’était point un objectif à atteindre en soi, mais plutôt une manière de penser. Le bonheur serait un art: l’art de naviguer à travers toutes ces émotions lorsque le plan B se produit alors que nous attendions encore le plan A. Car après tout, rien n’est définitif. Nous ne sommes que des êtres humains découvrant ce monde, cette existence faite de « peut-être » et non de certitude, tout en essayant de faire de notre mieux. 

Tout réside dans notre manière de répondre aux situations que la vie place sur notre chemin, dans notre perception, notre façon de gérer ce qui est présenté comme des « obstacles » ou des situations négatives. En réalité, il ne s’agit point de situations « positives » ou « négatives ». Ce ne sont que des expériences. Et dans chaque expérience, quelle qu’en soit la forme ou l’ampleur, la clé de la paix, voire du bonheur, se cache dans l’art de lui permettre de nous transformer, de nous éclairer un tant soit peu sur les autres, et sur nous-mêmes; afin d’en sortir emplis de gratitude. Reconnaissants pour ce que nous avons vécu, dans toute notre humanité, sans apposer les étiquettes de « blanc » ou « noir ». Au fond, ce sont ces expériences qui prouvent que nous sommes bel et bien vivants, et qui rendent la vie encore plus belle. 

#beauté #expérience #gemmayzeh

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