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Le soleil se couche tard à Lisbonne

01.08.22 | L’InstaPlume de Fida | No Comments

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Dans Ici Beyrouth par Fida Khalifé, le 1 août 2022 à 10:30

Carnet de voyage

Le soleil se couche tard à Lisbonne. Tant mieux, car je n’aime pas l’obscurité de la nuit. Il est chaud, ce soleil de juillet et ses rayons réchauffent ma peau. Ils s’infiltrent en moi. Je ferme les yeux pour ressentir pleinement la chaleur m’envelopper et parcourir la totalité de mon corps. J’erre dans les ruelles pavées, en suivant du regard les tramways jaunes à destination des sept collines. Je me concentre sur le rythme de mes pas qui montent vers les hauteurs de la ville. Je m’exerce à faire le vide dans ma tête, à avancer tout droit en annihilant toute pensée. Être présente… Ce n’est pas si facile. Le cerveau lutte contre cette tentative de neutralisation. Je me répète ces questions comme exercice mental: es-tu présente? Quelle serait ta prochaine pensée?

Les couleurs pastel des bâtiments semblent plus vives. Elles rivalisent avec celles des toiles impressionnistes. Dans les cafés, les touristes écoutent le fado mélancolique en dégustant des « pastéis de nata », ces petits flans portugais typiques. Arrivée au sommet, je contemple l’immensité bleue de la mer et les mouettes qui voltigent au-dessus des vagues. Je me sens tellement légère que j’éclate de rire. Je me sens libre. Détachée. Ancrée dans l’instant même. Je défais les cordes du passé. Je mets en sourdine les rêvasseries de l’avenir. Chaque cellule dans mon corps est en alerte. Je suis en vie, pleine de cette vie qui coule dans mes veines comme du sang chaud, rouge vif. Les aléas des circonstances extérieures n’arrivent pas à transpercer ma paix, du moins durant ces quelques moments de présence. Je descends les marches des escaliers étroits en sautillant et je glisse sur les rampes telle une enfant. Mon grand chapeau de paille échoue sur le sol. Un touriste le ramasse gracieusement et me le remet avec un large sourire. J’avais oublié cette sensation de douceur de vivre. Je vis dans un pays où la difficulté quotidienne me culpabilise si je me laisse aller, si j’éteins le mode alerte, si je permets à l’enfant en moi de rayonner, de s’amuser, de vivre à fond les moments les plus simples. « La lumière est trop douloureuse pour quiconque veut rester dans l’obscurité. » Mais moi j’aime le soleil.

…

Sur les dunes de sable blanc de la plage de Guincho, les vents du nord emportent les adeptes du surf sur les vagues violentes de l’Atlantique. Je me réveille dès l’aube pour courir en direction de la plage surmontée par les montagnes de Sintra qui se profilent au loin. L’aspect sauvage de la nature m’attire. C’est un endroit isolé et quasi désert à cette heure matinale. Je dépasse le port de Cascais et Boca do Inferno, la Bouche de l’Enfer, les yeux rivés vers la destination ultime. La fatigue commence à alourdir ma cadence, mais je continue de courir quand même. Une force, une attraction, un champ magnétique invisible me poussent vers la plage de sable fin. Les petites dunes dorées luisent au soleil. De rares surfeurs se dirigent vers le grand bleu, leur planches sous le bras. Il fait chaud. Il fait beau. Les boucles de mes cheveux dansent follement dans les rafales de vent qui charrient l’odeur salée de la mer. Tout autour de moi est primitif, sauvage, authentique. Des gouttes de sueur perlent sur mon front. Elles se mêlent aussitôt à l’écume des immenses vagues quand je plonge dans l’océan. Tout mon corps est électrisé au contact de l’eau glacée. Je me laisse emporter par le courant fort. Je me sens unie au pouvoir de la nature, de l’eau, du ciel bleu. On est tous faits de la même énergie. Je la sens jusqu’au tréfonds de mon être, dans chaque particule, dans chaque pore, sur ma peau, sous ma peau.  Je ne peux arrêter de sourire. Je bois le bonheur du moment jusqu’à la dernière goutte. Le bonheur se cache parfois, voire souvent, dans la simplicité de l’instant. Je voudrais l’enfermer en moi et l’empêcher de s’enfuir. « Ce qu’il y a de mieux dans ce monde, de plus beau, de plus excitant, ce sont les commencements. L’enfance et les matins ont la splendeur des choses neuves. » Il avait tellement raison Jean d’Ormesson. Le vent et le soleil me murmurent la promesse du renouveau. Je voudrais y croire, comme un enfant excité devant un nouveau cadeau. Le présent de l’existence, de la vie, de la légèreté, de l’aventure. Le matin des commencements.

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J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tan J’ai trouvé dans mon armoire cette photo de ma tante Alice, qui n’est plus de ce monde. Je réalise à quel point cette photo lui rend justice. Son sourire, son visage reflètent son innocence, sa candeur et son affection. Elle était le symbole même de la bonté. Elle avait la larme facile, le coeur sur la main et trouvait toujours des excuses aux autres, quels que soient leurs défauts. Ce post n’est pas seulement un hommage à cet ange qui repose désormais dans l’au-delà, mais il est surtout un hommage à tout ce qui est stigmatisé de nos jours: la transparence, la gentillesse, la générosité émotionnelle, l’expression de l’amour. 
Tout est éphémère: le pouvoir, l’argent, les apparences, la santé, tout simplement parce que nous sommes humains. Ce qui transcende notre mortalité et donne un sens à la vie, c’est précisément notre humanité dans toute sa vulnérabilité. 

#hommage #amour #humanité
“Quel est le parasite le plus résistant : une bact “Quel est le parasite le plus résistant : une bactérie, un virus, un ver intestinal ? … Une idée.”
Citation tirée du film Inception. Ce film m’avait profondément marquée, bouleversant ma perception du monde réel et imaginaire, des rêves et de la manière dont notre cerveau (conscient, inconscient et subconscient) fonctionne face aux émotions, aux souvenirs, à la réalité…

Photos prises à l’intérieur de l’immeuble Union, à Sanayeh, Beyrouth, dans le cadre de l’exposition We Design Beirut @wedesignbeirut 
Scénario d’éclairage par @smartervolts
J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. Nous étions J’ai rencontré Mira S. à l’hôpital. 

Nous étions toutes deux adossées au mur du service d’oncologie, les épaules affaissées, l’esprit ailleurs. Nos regards fatigués se sont croisés, esquivés, puis retrouvés. Des regards furtifs, chacune craignant que les terreurs enfouies dans ses pupilles ne soient dévoilées.

Je lui ai adressé un sourire timide.

– « Un cappuccino ? » a-t-elle proposé. « Je vais à la cafet. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Un quart d’heure plus tard, elle longeait le couloir interminable, aux couleurs sarcastiques du printemps, deux cappuccinos nichés dans une petite boîte en carton.

Mira avait de longs cheveux châtains ondulés, des yeux noisette emplis de tristesse et un sourire franc. Ingénieure installée à Paris, elle était rentrée au Liban pour être auprès de son père malade. Son mari et son fils d’à peine un an étaient restés en France. Depuis un mois, sa mère, ses deux sœurs et elle se relayaient au chevet de son père.

Une semaine durant, Mira et moi avons partagé une pause-café quotidienne dans ce couloir jaune et vert, dans cette antichambre glaciale de la mort qui guettait nos pères. Nos conversations mêlaient souvenirs d’enfance, traitements antidouleur, soins palliatifs, éloges de nos deux héros à peine conscients, peurs refoulées, sentiments de culpabilité et d’impuissance. (…)

La suite du texte sur mon blog (lien en bio).

Photo: toile d’Huguette Caland, Soleil Rouge (Red Sun), 1964, huile sur toile de lin, 129.5 x 195.6 cm.
Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, av Si jamais mon corps venait à s’éteindre demain, avoir été, ne serait-ce qu’un instant, un rayon de soleil dans la vie d’autrui me suffirait.
Septembre cette année, je le vis pour la première Septembre cette année, je le vis pour la première fois. Parce que cette première fois est sans toi. J’ai arrêté d’écrire en avril 2024, quatre mois après ton diagnostic. Mes doigts refusaient de transcrire les émois de mon cœur: par peur de trahir le calme feint que je m’efforçais de garder en ta présence, pour ne pas fragiliser ton état; par pudeur, mes sentiments relevant de mon jardin intime. Même après ton départ vers un monde inconnu, du moins aux yeux de ma conscience limitée, simple être humain que je suis, tout me retenait de reprendre ma plume. C’est dans un effort délibéré que j’écris ces lignes aujourd’hui. Pour briser l’étau de silence qui se resserre autour de moi avant qu’il ne devienne irréversible. 
Je partage avec toi, avec vous, ces photos de fin d’été qui me rappellent ton envol. Elles incarnent le crépuscule d’un jour, ponctué d’instants d’une vie. Mais voir tant de splendeur et de chaleur dans une scène d’adieux, ou plutôt d’au-revoir, a quelque chose de déchirant. Alors je me contente d’écouter le bruit des vagues qui se brisent sur ces plages de sable et de galet qui font de mon Liban une beauté. La musique de leur déhanchement en pleine mer puis de leur écrasement contre le rivage m’apaise, tel un baume sur mon cœur meurtri. Je ferme les yeux et je t’imagine près de moi, sortant une anecdote insolite suivie d’une parole tendre. Et je souris.
“Un seul être vous manque et tout est dépeuplé” “Un seul être vous manque et tout est dépeuplé”
“Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik “Edmond”, l’incontournable pièce d’Alexis Michalik au théâtre du @thpalaisroyal . Couronnée de cinq Molières, elle relate la création du célèbre “Cyrano de Bergerac”. Quel bonheur de la regarder en compagnie de ma fille Yara!❤️
“Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe “Quand je n’ai plus d’honneur, l’honneur n’existe plus .”
Du roman en vers de Pouchkine, Eugène Onéguine, œuvre phare de la littérature russe du XIXe siècle, John Cranko a créé un ballet époustouflant, une merveille au Palais Garnier @balletoperadeparis où le talentueux @mathieuganioofficiel a fait ses adieux à la scène, sur scène. 

#ballet #oneguine #mathieuganio

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